Galerie Diane de Polignac

Roberto Matta

Sans titre – 1963 ca.
Technique mixte sur toile
100 x 100 cm

[ prix sur demande ]

roberto matta - peinture de 1963 ca

La terre comme médium : Matta et les Cobra

Matta emploie la terre comme médium pour la première fois en 1954 à Albisola en Italie, où des rencontres autour de la céramique sont organisées par l’artiste Asger Jorn (1914-1973), dans l’atelier de Giuseppe Mazzotti (1907-1981), avec les artistes Enrico Baj (1924-2003), Corneille (1922-2010), et Sergio Dangelo (1932), et le poète Édouard Jaguer (1924-2006). De la céramique, la terre sera ensuite utilisée en peinture, intégrée directement comme matériau brut. Ces rencontres permettent ainsi à Matta de travailler avec les artistes du mouvement Cobra.

Les premières peintures Terres : Panarea

Matta créé ses premières peintures « Terres » en Italie, dans sa maison de Panarea où il s’installe en 1957. Italo Calvino (1923-1985), philosophe italien, écrit au sujet de ces œuvres : « Une saison heureuse de travail en Italie et la rencontre avec une matière riche en suggestivités élémentaires, une terre rougeâtre de la campagne romaine : tout cela est à l’origine de ces peintures presque monochromes, où des fresques entre le préhistorique, le totémique et la science-fiction s’agitent comme si elles étaient guidées par le son d’un saxophone souterrain ».
La très belle œuvre de 1963 présentée à la galerie fait partie de ces Terres italiennes. Le matériau brut est mêlé à des colles et appliqué sur une toile de jute. L’utilisation de ces matériaux modestes est sans doute influencée par les artistes de l’Arte Povera. En 1936, Matta découvre l’œuvre de Marcel Duchamp (1887-1968) et surtout son Grand Verre. La mécanique duchampienne lui fait prendre conscience qu’il « était possible de peindre le processus du changement ». Sa recherche d’une forme en évolution constante provient de cette révélation. Cette idée est appliquée à la terre, matériau brut et pauvre, elle est transformée en pigment et atteint le statut d’œuvre d’art.

Les peintures Terres : Morphologies Historiques

Avec ses Terres, Matta veut représenter une morphologie de l’Homme en relation avec lui-même, les autres et le monde : il parlera de la Morphologie Historique. Les Terres sont en effet tout d’abord liées aux lieux où elles ont été produites. Matta exprime donc dans ces œuvres les préoccupations de son temps.

Les peintures Terres du Centre Pompidou

L’œuvre de 1963 présentée à la galerie rappelle Matta-Matière, œuvre actuellement accrochée au Centre Pompidou (Rotations 2020 – Accrochage Collections Modernes : 01 janvier 2020 – 31 décembre 2020). Cette œuvre est une donation de Daniel Cordier, galeriste de Matta, qui expose régulièrement ses œuvres, d’abord à Paris dès 1956, puis à Francfort et à New York. Cordier disait à propos de son travail : « Avec ce procédé (l’automatisme), il extrait de la conscience les figures qui y sommeillent. Ainsi, il a créé en quelques années un répertoire de formes inédites (…), science-fiction pour les uns, peuplement de martiens pour les autres, rayons X de fluides psychologiques pour l’auteur. Sa première richesse est la variété des interprétations qu’il propose ; son talent est la création d’un climat déroutant, ni faune ni flore, ni atmosphère ni espace, ni éclairage ni lumière, mais toujours les deux à la fois, intimement fondus dans chaque toile ». L’œuvre de 1963 disponible à la galerie est également très proche par sa date, son format, sa technique et sa composition de Composition monochrome conservée elle aussi au Centre Pompidou. Cette œuvre est achetée par l’État français dès 1965.

L’œuvre de 1963 disponible à la galerie est également très proche par sa date, son format, sa technique et sa composition de Composition monochrome conservée elle aussi au Centre Pompidou. Cette œuvre est achetée par l’État français dès 1965. On retrouve dans ces deux œuvres un fond monochrome sur lequel se détache une figure humanoïde cernée de noir. Ce contour qui permet de distinguer la forme du fond dans cet ensemble monochromatique rappelle la technique ancienne des fresques murales. Matta connaissait la théorie de Léonard de Vinci, pour qui la contemplation des « murs souillés de beaucoup de tâches ou faits de pierres multicolores, avec l’idée d’imaginer quelques scènes » devient une source d’inspiration pour créer des « paysages », des « batailles », des « figures ». Les figures des Terres de Matta semblent en effet se détacher d’un mur, comme des tâches dont les contours créés par l’artiste donneraient tout le sens.

Des Morphologies Psychologiques aux Morphologies Historiques

La terre porte en elle son espace et son temps, appliquée sur une toile brute elle devient ainsi le langage privilégié de l’engagement. Dans la continuité des Morphologies Psychologiques, les Terres sont des représentations graphiques des flux qui circulent entre les Hommes et le monde pour devenir des Morphologies Historiques.

© Galerie Diane de Polignac / Mathilde Gubanski