Galerie Diane de Polignac

Roberto Matta

Sans titre – 1954
Technique mixte sur toile
139,5 x 184 cm
Signé en bas à droite

[ prix sur demande ]

roberto matta - peinture de 1954

La période américaine : années de recherches

Aux États-Unis dans les années 1940, Matta, passionné de revues scientifiques, s’intéresse alors tout particulièrement aux théories de la quatrième dimension. Il explore ce sujet dans l’œuvre de 1954 présentée à la galerie, en rassemblant dans le même tableau une vue aérienne, une vue « matérielle » en représentant un singe et une vue mathématique en représentant une flèche. Toutes les vues possibles sont ainsi représentées dans la matière de l’œuvre. Matta veut créer des espaces au-delà du visible, en dehors de la perspective conventionnelle. Régis Debray disait : « Avec cette volonté de retrouver l’énergie du monde, ce point où la matière et l’énergie, c’est la même chose… Matta était toujours vexé quand on le traitait de peintre, car il se voulait alchimiste, ou astrophysicien ».
Le peintre Gordon Onslow Ford (1912-2003) parle à Matta des recherches de Peter D. Ouspensky (1878-1947), philosophe russe et théoricien de la « quatrième dimension ». La quatrième dimension est le sentiment d’espace, de mouvement et de temps. Elle est essentielle au processus de changement dans le monde, où chaque nouveau moment est différent du précédent. Ouspensky, dans son livre Tertium Organum (1912), affirme que l’artiste doit assumer le rôle « de guide et de visionnaire » et « doit avoir le don d’ouvrir les yeux des autres à ce qu’ils ne peuvent pas voir eux-mêmes ». Matta est influencé par les illustrations dans cet ouvrage et se les approprie pour décrire à son tour des structures invisibles. Matta dit à ce sujet : « Je ne suis pas un artiste. Je suis quelqu’un qui essaie de construire des images qui nous aideront à réaliser l’essence du verbe ‘voir’. »

La terre comme médium : Matta et les Cobra

Matta emploie la terre comme médium pour la première fois en 1954 à Albisola en Italie, où des rencontres autour de la céramique sont organisées par l’artiste Asger Jorn (1914-1973), dans l’atelier de Giuseppe Mazzotti (1907-1981), avec les artistes Enrico Baj (1924-2003), Corneille (1922-2010), et Sergio Dangelo (1932), et le poète Édouard Jaguer (1924-2006). De la céramique, la terre sera ensuite utilisée en peinture, intégrée directement comme matériau brut. Ces rencontres permettent ainsi à Matta de travailler avec les artistes du mouvement Cobra.

Les premières peintures Terres : Panarea

Matta créé ses premières peintures « Terres » en Italie, dans sa maison de Panarea où il s’installe en 1957. Italo Calvino (1923-1985), philosophe italien, écrit au sujet de ces œuvres : « Une saison heureuse de travail en Italie et la rencontre avec une matière riche en suggestivités élémentaires, une terre rougeâtre de la campagne romaine : tout cela est à l’origine de ces peintures presque monochromes, où des fresques entre le préhistorique, le totémique et la science-fiction s’agitent comme si elles étaient guidées par le son d’un saxophone souterrain ».
La très belle œuvre de 1954 présentée à la galerie fait partie de ces Terres italiennes. Le matériau brut est mêlé à des colles et appliqué sur une toile de jute. L’utilisation de ces matériaux modestes est sans doute influencée par les artistes de l’Arte Povera. En 1936, Matta découvre l’œuvre de Marcel Duchamp (1887-1968) et surtout son Grand Verre. La mécanique duchampienne lui fait prendre conscience qu’il « était possible de peindre le processus du changement ». Sa recherche d’une forme en évolution constante provient de cette révélation. Cette idée est appliquée à la terre, matériau brut et pauvre, elle est transformée en pigment et atteint le statut d’œuvre d’art.

Les peintures Terres : Morphologies Historiques

Avec ses Terres, Matta veut représenter une morphologie de l’Homme en relation avec lui-même, les autres et le monde : il parlera de la Morphologie Historique. Les Terres sont en effet tout d’abord liées aux lieux où elles ont été produites. Matta exprime donc dans ces œuvres les préoccupations de son temps.

Des Morphologies Psychologiques aux Morphologies Historiques

La terre porte en elle son espace et son temps, appliquée sur une toile brute elle devient ainsi le langage privilégié de l’engagement. Dans la continuité des Morphologies Psychologiques, les Terres sont des représentations graphiques des flux qui circulent entre les Hommes et le monde pour devenir des Morphologies Historiques.