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Fernando Zóbel

(1924-1984)

Fernando Zóbel est un peintre, graveur et collectionneur d’origine philippine qui a vécu entre son pays natal, l’Europe – surtout l’Espagne – et les États-Unis. Il est une figure centrale de l’art abstrait espagnol et fondateur du Museo de Arte Abstracto Español de Cuenca.

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Biographie

Jeunesse du peintre Fernando Zóbel 

Fernando Zóbel est né à Manille en 1924, issu de l’une des familles les plus influentes des Philippines : la famille Zóbel de Ayala. Son père, Enrique Zóbel de Ayala est un magnat de l’industrie. Fernando Zóbel grandit aux Philippines et apprend l’anglais qui sera sa deuxième langue. Enfant, Fernando Zóbel voyage souvent, tant aux Philippines qu’en Europe, en Espagne notamment. Il obtient son baccalauréat au Brent College de Baguio aux Philippines en 1940. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Fernando Zóbel étudie une année la médecine à l’Université Santo Tomas à Manille en 1941. L’année suivante, il doit délaisser ses études de médecine et touché par un problème à la colonne vertébrale, il se voit obligé d’être alité pendant presque un an au National Orthopedic Hospital. C’est à cette époque que Fernado Zóbel se met à peindre.

En 1946, Fernando Zóbel part aux États-Unis étudier la Philosophie et les Lettres à l’Université d’Harvard. En autodidacte, il se met aussi à peindre à l’huile. À Harvard, il se passionne pour l’œuvre de Federico García Lorca et il se met à traduire en anglais son ouvrage El amor de don Perlimplín con Belisa en su jardín qu’il illustre de ses dessins. À cette époque, Fernando Zóbel rencontre le couple de peintres Reed Champion et Jim Pfeufer avec qui il se lie d’amitié et qui l’orientent picturalement. Les premières œuvres de Fernando Zóbel : A las cinco de la tarde (1946) et Arlequín. La luna y Pierrot (1947) s’inspirent de la période bleue de Picasso et du cubisme synthétique. Fernando Zóbel copie aussi à cette époque des œuvres de Vincent Van Gogh et d’Andrea del Verrocchio. En mai 1949, il sort diplômé d’Harvard avec la mention honorifique magna cum laude grâce à sa thèse sur le théâtre de Federico García Lorca, intitulée Theme and Conflict in Lorcan drama.
Sous prétexte de se former en gestion pour l’entreprise familiale, Fernando Zóbel commence à étudier le droit au mois de septembre 1949 à la Harvard Law School qu’il délaisse très vite. Il préfère alors travailler au Département des Arts graphiques de la Harvard College Library, auprès du conservateur Philip Hofer.

Formation artistique du peintre Fernando Zóbel aux États-Unis

Au Département des Arts graphiques où il travaille jusqu’en 1951, Fernando Zóbel se forme à toutes les techniques de la gravure : l’eau-forte, la pointe sèche, la xylographie… Il s’occupe également d’organiser les classes de gravure et commence à dispenser ses premières conférences : sur l’imprimerie française et les livres illustrés entre autres. À cette époque, le peintre de Boston Hyman Bloom est l’artiste qui l’influence le plus, avec qui il lie une profonde amitié.

En 1951, Fernando Zóbel participe à ses deux premières expositions collectives qui ont toutes deux lieu à la Swetzoff Gallery à Boston : pour la première, il expose aux côtés d’Hyman Bloom, Jack Truman et Karl Priebe, entre autres ; pour la seconde, il expose ses gravures, présentées parmi celles de Maurice de Vlaminck, Paul Klee, Marc Chagall, Henri de Toulouse-Lautrec, Pablo Picasso, Paul Cézanne…

À la fin de l’année 1951 et après un séjour en Espagne, Fernando Zóbel rentre aux Philippines où il travaille dans l’entreprise familiale. Il continue cependant de peindre tous les jours et maintient ses liens avec le monde artistique américain.

Fernando Zóbel à Manille : entre une vie d’homme d’affaires et une vie d’artiste peintre

Pendant près d’une décennie, de 1952 à 1961, Fernando Zóbel mène une double vie, entre l’entreprise familiale et ses recherches artistiques. En 1952, il se rapproche du groupe des jeunes artistes philippins qui exposent à la Philippine Art Gallery à Manille. Fernando Zóbel se lie alors d’amitié avec les peintres Arturo Luz, Hernando Ocampo, Anita Magsasay-Ho et Vicente Manansala et les écrivains Rafael Zulueta da Costa, I. P. Soliongco et Emilio Aguilar Cruz. Il s’implique pleinement dans les débats artistiques des jeunes peintres sur l’art et l’identité culturelle des Philippines et entre à l’Asociación de Arte de Filipinas de Manille dont il sera élu président. Il y expose et mène divers projets dont l’édition d’un livre sur l’histoire de l’art philippin entre le XVIe et XXe siècle, publié sous le titre The Art of the Philippines en 1958. Fernando Zóbel devient alors une figure artistique central de l’art moderne philippin.

Pendant les années 1950, Fernando Zóbel collabore avec The Philippine Art Gallery à Manille qui lui organise plusieurs expositions personnelles : en 1953, 1956, 1957 et 1958. Fernando Zóbel délaisse son style bostonien et ses thèmes symboliques et romantiques pour s’intéresser à des thématiques du folklore philippin : scènes de rue et sujets religieux qu’il peint dans des couleurs vives en aplat, une manière de peinture qui fait écho à l’œuvre d’Henri Matisse.
En 1953, Fernando Zóbel réalise aussi ses premiers essais en peinture abstraite que très vite il abandonne et qu’il détruira. Ce sont les œuvres Reflected Sunset (1953) et Barco frutero II (1953) : cette dernière sera exposée entre autres à la II Bienal Hispanoamericana de Arte à laquelle il participe la même année à La Havane.

Séjour du peintre Fernando Zóbel à Providence (États-Unis)

Au tournant des années 1954-1955, Fernando Zóbel vit une crise personnelle et artistique : il en sortira après une année de voyages aux États-Unis et en Europe et s’affirmera comme un peintre nouveau, ouvert à la peinture abstraite. D’octobre 1954 à mai 1955, Fernando Zóbel séjourne comme artiste résident à la Rhode Island School of Design à Providence où il retrouve ses amis James et Reed Pfeufer. Il y parfait ses techniques de gravures et assiste à des cours de peinture, de dessin et d’architecture. Il peint à Providence des paysages de couleurs vives, très en matière et quelques portraits. À cette époque, la Swetzoff Gallery à Boston lui organise sa première exposition personnelle sur les tableaux peints aux Philippines.

Au cœur de sa remise en cause artistique, deux découvertes vont l’amener à son nouveau langage pictural. D’une part, il est foudroyé par l’œuvre de Mark Rothko qu’il découvre au Musée de Providence lors de l’exposition Recent Paintings by Mark Rothko fin 1954 : Fernando Zóbel la visite tous les jours, émerveillé par ces grandes taches vibrantes de couleur, horizontales et abstraites. D’autre part, il s’essaie à la photographie au contact de son ami Ronald Binks qui lui permet de reproduire avec fidélité tout ce qui l’intéresse.

En 1955, la Rhode Island School of Design’s Museum of Art lui organise une exposition : Paintings by Fernando Zóbel and by Elias Friedensohn. Pendant son séjour à Providence, le peintre Fernando Zóbel vit intensément ses recherches artistiques. Il voyage souvent à Harvard, à Boston où il revoit Hyman Bloom, à New York… et vit en direct les premières heures de l’Expressionnisme abstrait américain. À New York, il visite la Kootz Gallery qui présente Pablo Picasso, Alberto Giacometti et Georges Mathieu et rencontre son concitoyen Alfonso Ossorio dans sa maison de East Hampton : leur longue entrevue aura un réel impact sur Fernando Zóbel, en pleine recherche identitaire et artistique.

Après Rhode Island, Fernando Zóbel voyage en Europe : à Paris, en Espagne, puis en Italie. À Madrid, il découvre la jeune peinture abstraite espagnole à la Galería Fernando Fe : Guillermo Delgado, Luis Feito, Rafael Canogar… Il rencontre aussi l’artiste Benjamin Palencia dans son atelier et le peintre Gerardo Rueda, figure majeure de la peinture abstraite espagnole avec qui il noue une amitié profonde.

Fernando Zóbel entre Manille et l’Espagne : à la recherche de son style artistique

De retour à Manille, Fernando Zóbel maintient ses contacts avec les artistes espagnols et transforme profondément son style artistique. Il détruit la majorité de ses œuvres antérieures, abandonne la figuration et réalise de nouvelles œuvres qui cherchent à accorder le luminisme des œuvres de Mark Rothko, le matiérisme des œuvres de Luis Feito et le geste calligraphique de Franz Kline. En 1956, une nouvelle exposition personnelle lui est consacrée à la Philippine Art Gallery à Manille : Fifteen painting by Fernando Zóbel, qui présente ses œuvres abstraites, marquées par l’Expressionnisme abstrait américain. L’accueil est mitigé.

À cette époque, l’artiste peintre Fernando Zóbel voyage pour l’entreprise Ayala au Japon. Il est profondément marqué par l’esthétique nipponne, par l’art des jardins japonais. De 1956 à 1960, il se met aussi à enseigner des cours d’histoire de l’art à l’Universidad del Ateneo de Manille : art contemporain, art chinois, art japonais… et entre ainsi en contact avec tout un nouveau réseau d’intellectuels philippins et nord-américains. Il est aussi nommé Attaché Culturel honoraire de l’Ambassade d’Espagne aux Philippines. En 1961, Fernando Zóbel offre à l’Université del Ateneo de Manille ses riches collections en archéologie, sculpture religieuse et art contemporain philippins qui seront la base du Atenero Art Gallery créé cette même année. Il sera l’année suivante nommé premier docteur honoris causa de l’Université et directeur honoraire du musée de l’université.

À partir de 1957, la peinture de Fernando Zóbel évolue vers l’expression du rythme, du mouvement. Il commence alors une série intitulée Saetas [Flèches], inspirée des jardins de sable japonais, dans lesquelles des lignes très fines se superposent sur des fonds de couleurs. Pour peindre très finement et avec une grande précision ses longues lignes, Fernando Zóbel utilise une seringue chirurgicale, un outil qu’il emploiera fréquemment par la suite et qui rappelle la précision donnée par la plume dans ses dessins.

En parallèle de ses recherches artistiques, Fernando Zóbel travaille à partir de 1958 sur les fouilles archéologiques de la péninsule de Catalagan, situées sur la parcelle d’une finca familiale. Ces fouilles sont poursuivies par le Museo Nacional de Filipinas. Ils y découvrent de nombreuses porcelaines chinoises, ce qui renforce l’intérêt de l’artiste pour l’art chinois. Sur l’initiative de Fernando Zóbel, ces découvertes sont offertes au Museo Nacional de Filipinas.

À l’automne 1958, Fernando Zóbel retourne en Espagne et s’installe à Madrid où il partage son atelier avec son ami Gerardo Rueda. Il se lie d’amitié avec les peintres Antonio Saura, Eusebio Sempere entre autres et commence sa collection de peintures d’art abstrait espagnol : cette collection sera la base du futur Museo de Arte Abstracto Español créé à Cuenca. L’année suivante, sa première exposition personnelle en Espagne a lieu à la Galería Biosca à Madrid, dirigée par la galeriste Juana Mordó : il est le premier artiste abstrait à y exposer. Sont présentées des œuvres de la série Saetas et d’une nouvelle série d’œuvres en noir et blanc : Serie Negra. Antonio Magaz-Sangro publie Zóbel. Pinturas y dibujos sur ces œuvres.
Fernando Zóbel participe aussi à l’exposition collective : Negro y Blanco. Exposición homenaje a Chillida. Oteiza. MiróArtigas. Tàpies y Palazuelo, présentée à la Sala Darro à Madrid.

Fernando Zóbel s’identifie pleinement à la jeune génération de peintres espagnols qu’il fréquente et avec qui il s’est lié d’amitié : Gerardo Rueda, Tony Magaz, Antonio Lorenzo, Antonio Saura, Manolo Millares… L’artiste confie en décembre 1959 : « Me encuentro a mí mismo en la pintura de España ; soy uno más. Aceptado como tal por los otros, que son, en general, mis amigos » [Je me retrouve dans la peinture d’Espagne ; je suis un de plus. Accepté comme tel par les autres, qui sont, en général, mes amis].

S’il retourne un temps aux Philippines, son esprit est ailleurs. En 1960, Fernando Zóbel participe à l’exposition collective Before Picasso after Miró au Solomon R. Guggenheim à New York et l’année suivante, une exposition personnelle lui est dédiée à la fameuse Luz Gallery à Manille, dirigée par son ami Arturo Luz qui deviendra la galerie la plus connue des Philippines. L’exposition est un succès.

Après un débat intérieur éprouvant qui affaiblit gravement son état de santé, Fernando Zóbel décide de mettre fin à sa double vie d’homme d’affaires et de peintre : il quitte les Philippines et part vivre en Espagne en 1961 pour se consacrer pleinement à la peinture.

Installation définitive du peintre Fernando Zóbel en Espagne

Fernando Zóbel s’installe définitivement à Madrid en 1961. La même année, une exposition personnelle lui est consacrée à la Sala Neblí à Madrid qui présente des œuvres de la Serie Negra. Si les critiques rattachent un temps Fernando Zóbel au courant de l’Art informel (informalismo), ce dernier s’en détache pourtant : ses œuvres, très graphiques, sont le résultat d’un geste sûr, maîtrisé, réfléchi de l’artiste qui le distingue de l’écriture gestuelle spontanée d’un Rafael Canogar, d’un Manolo Millares ou d’un Antonio Saura.

En 1962, Fernando Zóbel participe à deux expositions collectives clés à l’étranger : à Londres pour l’exposition Modern Spanish Painting présentée à la Tate Gallery et à Venise pour la XXXI Biennale di Venezia.

Il se remet aussi à la gravure, notamment à la technique de l’eau-forte, et alimente une grande correspondance avec son ami le graveur américain Bernard Childs qui l’influence beaucoup : il retrouve son ami à Paris lors de son voyage dans la capitale française, accompagné d’Antonio Lorenzo et de Gerardo Rueda. À Madrid, Fernando Zóbel fréquente assidument le Museo del Prado pour lequel il demande une carte de copiste.

L’année 1963 marque un tournant dans l’œuvre de Fernando Zóbel. L’artiste retourne à la couleur et emploie des tons terre de Sienne, des ocres et des gris afin de suggérer l’univers du souvenir, rappeler l’expérience vécue : « recordar en términos pictóricos » [« se souvenir en images »] selon les mots de l’artiste. À l’origine de cette évolution artistique se trouve l’œuvre littéraire de Marcel Proust et de son roman À la recherche du temps perdu que Fernando Zóbel apprécie particulièrement. Ces nouvelles œuvres seront exposées pour la première fois en Espagne lors de son exposition personnelle à la Galería Juana Mordó en 1964 – cette nouvelle galerie lui organisera plusieurs expositions personnelles au courant des années 1960 et 1970.

Fernando Zóbel et la création du Museo de Arte abstracto Español de Cuenca

À cette époque, Fernando Zóbel cherche à présenter au public l’ensemble conséquent de sa collection de peintres d’art abstrait espagnols : des œuvres d’Antonio Saura, Gerardo Rueda, Luis Feito, Guillermo Delgado, Antonio Lorenzo, Manolo Millares, Eusebio Sempere… qu’il a commencée dès 1955. Il pense d’abord à Tolède où il se rend avec son ami Gerardo Rueda. C’est finalement à Cuenca en Castilla-La Mancha que le projet va prendre forme dès juin 1963 : Fernando Zóbel s’y rend, invité par son ami le peintre et sculpteur Gustavo Torner. Ce dernier introduit l’idée auprès du maire de la ville et il est décidé d’abriter le futur musée dans le célèbre bâtiment des Casas Colgadas [Maisons suspendues] de Cuenca.

Fernando Zóbel se réjouit de ce projet qu’il mène à bien de concert avec ses amis Gerardo Rueda et Gustavo Torner. Il enrichit dès lors consciencieusement et intensément sa collection de peintures d’art abstrait : José Guerrero, Gustavo Torner, Manuel Hernández Mompó, Eduardo Chillida, Antoni Tàpies… et se rend fréquemment à Cuenca pour suivre les travaux. La ville attire alors les artistes de cette génération qui viennent y installer leur atelier : Gerardo Rueda, Manuel Millares, Manuel Hernández Mompó et Amadeo Gabino, sans oublier Antonio Saura et Gustavo Torner qui y vivent. Pour Fernando Zóbel, Cuenca est une source inépuisable d’inspiration pour sa création : l’artiste y achète une maison et installe un atelier.

Le Museo de Arte abstracto Español de Cuenca est inauguré le 30 juin 1966 avec une centaine de peintures, douze sculptures, quelques deux cents dessins et gravures et plusieurs livres illustrés. Le musée jouit très vite d’une renommée internationale et attire de nombreux spécialistes, conservateurs et artistes venus du monde entier : en 1967, Alfred H. Barr, premier directeur du MoMA à New York s’y rend notamment. En 1978, une extension du musée, dessinée par Gustavo Torner permettra de tripler l’espace d’exposition, de créer une bibliothèque spécialisée en art abstrait et d’agrandir les réserves de tableaux et d’archives.
En 1980, Fernando Zóbel fera don à la Fundación Juan March de sa propre collection d’art et de sa bibliothèque personnelle : la Fundación Juan March est depuis lors titulaire du musée, en charge de la préservation et de l’enrichissement de cette collection.

Installé en Espagne, Fernando Zóbel continue de voyager à travers le monde et se rend fréquemment aux Philippines pour divers projets. En 1965, il se rend notamment à New York lors de son exposition personnelle à la Bertha Schaeffet Gallery.

Peinture sérielle et renommée internationale de Fernando Zóbel

À partir de 1967, Fernando Zóbel commence à sérialiser sa peinture. Sa nouvelle première série s’appelle Diálogos dans laquelle l’artiste accompagne au crayon, à la plume ou au pinceau une conversation avec des œuvres d’autres artistes anciens ou modernes : Rembrandt, Nicolas Poussin, Tintoretto, William Turner, Claude Monet, Georges Braque… Ces Diálogos se révèlent être le centre de ses analyses et de ses réflexions.

À cette époque, Rafael Pérez-Madero devient le secrétaire, l’administrateur et collaborateur de Fernando Zóbel pour l’ensemble de son œuvre et de ses projets.

À la fin des années 1960, l’œuvre de Fernando Zóbel devient plus géométrique et tend vers une abstraction plus froide : l’espace est construit par des lignes dessinées au crayon et des formes géométriques qui donnent une trame architecturale à la composition.

En 1970, le Département de Gravures et d’Arts graphiques de l’Université de Harvard publie Fernando Zóbel. Cuenca. Sketchbook of a Spanish hilltown qui réunit quelques quarante dessins à l’encre et à l’aquarelle de Fernando Zóbel, réalisées à Cuenca entre 1963 et 1965. La même année, Fernando Zóbel participe à l’exposition collective 12 pintores españoles del Museo de Arte Abstracto présentée au Göteborgs Konstmuseum en Suède. L’artiste s’y rend à cette occasion et soutient une conférence sur « La génération abstraite espagnole ».

Au courant des années 1970, Fernando Zóbel développe deux séries inspirées de Cuenca et de ses environs : El Júcar (1971-1972) et La vista (1972-1974), ainsi que deux séries inspirées par l’étude du corps et du corps en mouvement : Academias (1973) et Futból (1973). À la suite de ses œuvres El lago et El estanque (1971), Fernando Zóbel décide de réaliser un grand tableau sur le thème du Júcar, le fleuve de Cuenca. Le projet donne lieu à une trentaine de tableaux de cette série, une centaine de dessins et de nombreuses photographies sur cette thématique. Cette série sera exposée en 1972 à la Galería Juana de Aizpuru à Séville et à la Casa de Cultura de Cuenca, puis plus tard en 1995 au Museo de Arte Abstracto Español.

Puis l’artiste s’intéresse aux vues qui s’offrent à lui depuis son atelier de Cuenca : c’est la série La vista aux tons gris et dans laquelle la trame géométrique tend à disparaître. Cette série sera exposée en 1974 à la Galería Juana Mordó à Madrid et à la Galería Juana de Aizpuru à Séville.

En 1972, Fernando Zóbel réalise aussi la série Academias dans laquelle il explore le corps humain et multiplie les études de figures, tant sur modèle vivant que sur les peintures de la Renaissance italienne, du maniérisme et du baroque. Puis il réalise la série Futból, prétexte thématique pour explorer le corps en mouvement, en tentant de concilier par la peinture couleur et mouvement. D’un point de vue technique, Fernando Zóbel a de plus en plus recours à la photographie dans son processus de construction, ce qui accentue l’aspect froid et toujours plus analytique de ses œuvres.

En 1974 et à l’occasion du 25ème anniversaire de sa remise de diplôme, Fernando Zóbel voyage à l’Université de Harvard où il est nommé conservateur honoraire de calligraphie du Harvard College Library.

Dans la continuation de la série La vista dont les dernières œuvres se caractérisent par un usage dominant du blanc, Fernando Zóbel réalise entre 1975 et 1978 la série Seria Blanca, marquée par l’usage de blancs subtilement dégradés qui organisent l’espace et les volumes : des blancs qui se confondent avec le lin de la toile, le blanc du papier en réserve pour une émanation vive de la lumière.

De plus, ce n’est plus le mouvement qui intéresse l’artiste mais le repos entre deux mouvements, surtout dans les gestes des enfants. Une sous-série appelée Gestos se concentrent sur cet aspect et prend les noms de leurs modèles : Nazario (1977), Leonardo (1977-78), Dioni (1977), El Rafi (1977) et Barocci (1977-78). Fernando Zóbel se tourne également sur l’étude des cyclistes et des musiciens en concert pour explorer cette thématique.

L’artiste Fernando Zóbel peint aussi des aquarelles qui seront exposées à la Galerie Jacob à Paris en 1977, puis à la Galería Theo et à la Galería Rayuela à Madrid en 1978.

Fernando Zóbel écrit également sur des amis artistes qui lui sont chers : Simeón Sáiz, Eusebio Sempere, les frères photographes Jorge et Jaime Blassi, l’architecte philippin Leandro Valencia Locsin… et continue ses conférences : en 1979, il soutient notamment « De Kooning : expresionismo y color » dans le cadre de la rétrospective de l’artiste américain à la Fundación Juan March à Madrid.

En 1980, Fernando Zóbel est atteint d’une thrombose cérébrale lors d’un séjour à Manille dont il guérit. À son retour en Espagne, l’artiste peintre souffre alors d’une dépression qui déteint sur sa création : il détruit bon nombre de ses œuvres et revient avec force à la couleur qui prédomine sur le dessin. Fernando Zóbel utilise aussi de nouveaux mediums comme le pastel et s’adonne pleinement à la photographie. Sa dernière série Las orillas (Variaciones sobre un río) (1979-1982) revient sur son thème de prédilection : le fleuve Júcar de Cuenca. Malgré ses problèmes de santé, Fernando Zóbel continue ses expositions : à Tenerife, Gérone, Pampelonne et Valence, et fait un long voyage en Italie.

En 1983, Fernando Zobel participe à l’exposition 259 imágenes. Fotografía actual en España au Círculo de Bellas Artes à Madrid qui met en relief son travail de photographe. Son texte : « Para mí la fotografía es el recuerdo » est publié dans le catalogue d’exposition. L’artiste peintre Fernando Zobel meurt en 1984 d’un infarctus lors d’un voyage à Rome. Son corps est rapatrié en Espagne et est enterré dans le cimetière Saint Isidro à Cuenca, proche du fleuve Júcar. Une grande rétrospective Zóbel est organisée à la Fundacion Juan March à Madrid cette même année, qui voyagera dans toute l’Espagne.

© Galerie Diane de Polignac / Astrid de Monteverde

fernando zobel - portrait

Collections (sélection)

Collections (sélection)

Alicante, Colección Arte Siglo XX

Barcelone, Banco Urquijo

Bilbao, Museo de Bellas Artes

Boston, MA, Fogg Art Museum Harvard University

Boston, MA, Museum of Fine Arts

Caracas, Museo de Bellas Artes

Cuenca, Caja de Ahorros de Castilla-La Mancha

Cuenca, Fundación Antonio Pérez

Cuenca, Museo de Arte abstracto español

Göteborg (Suède), Göteborgs Konstmuseum

Huelva, Fundación El Monte, Caja de Ahorros de Huelva y Sevilla

Johannesbourg, Johannesburge Kunsmuseum

Lanzarote (Espagne), Museo de Arte contemporáneo Arrecife

Liverpool, Walker Art Gallery

Londres, British Museum, Department of Prints and Drawings

Madrid, Banco de España

Madrid, Banco del Canadá

Madrid, Banco Bilbao Vizcaya Argentaria

Madrid, Biblioteca nacional

Madrid, Colección Aena de Arte contemporáneo

Madrid, Fundación Caja Madrid

Madrid, Fundación Juan March

Madrid, Fundación Santander Central Hispano

Madrid, Museo de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando

Madrid, Museo nacional Centro de Arte Reina Sofía

Madrid, Real Academia de Bellas Artes de San Fernando

Manille, Ayala Foundation Inc

Manille, Cultural Center of the Philippines

Manille, Eugenio López Foundation Inc

Manille, National Museum of the Philippines

Middletown, CT, Davison Art Center Wesleyan University

New York, Brooklyn Museum of Art

New York, Chase Manhattan Bank

New York, Hispanic Society of America

New York, New York Public Library

New York, Rochester Art Gallery Rochester

Omaha, NE, Joslyn Art Museum

Palma De Mallorca, Museu d’art espanyol contemporani Fundación Juan March

Paris, Bibliothèque Nationale, Département des Estampes et de la Photographie

Poughkeepsie, NY, Frances Lehman Loeb Art Center Vassar College

Quezon City (Philippines), Ateneo Art Gallery, Ateneo de Manila University

San Francisco, CA, Achenbacj Foundation for Graphic Arts

Séville, Centro Andaluz de Arte contemporáneo

Séville, Museo de Arte contemporáneo

Valladolid, Patio Herreriano Museo de Arte contemporáneo español

Vitoria (Espagne), Artium, Centro Museo de Arte contemporáneo

Expositions (sélection)

Expositions (sélection)

Expositions collectives, Swetzoff Gallery, Boston, 1951, 1955

Expositions personnelles, The Philippine Art Gallery, Manille, 1953, 1956, 1957, 1958

II Bienal Hispanoamericana de Arte, La Havane, 1953

Second International Contemporany Art Exhibition, New Delhi, Calcutta, Bombay, 1953

II Bienal Hispanoamericana de Arte, La Havane, Ciudad Trujillo, Caracas, Bogota, 1954

12 paintings by Fernando Zóbel, Contemporary Arts Gallery, Manille ; Swetzoff Gallery, Boston, 1954

Friedensohn and Zóbel. Paintings, Rhode Island School of Design’s Museum of Art, Providence (États-Unis), 1955

III Bienal Hispanoamericana de Arte, Barcelone, 1955

6 Contemporary Painters, expostion collective, George Walter Vincent Smith Art Museum, Springfield, Massachusetts, 1956

Exposition personnelle, Galería Biosca, Madrid, 1959

La Joven Pintura Española, Exposition collective itinérante : Musée d’Art et d’Historie, Fribourg ; Kunsthalle, Bâle ; Akademie für Bautechnik, Munich ; Göteborgs Konstmuseum, Göteborg (Suède), 1959

Before Picasso After Miró, exposition collective, The Solomon R. Guggenheim, New York, 1960

Espacio y color en la pintura española de hoy, exposition collective itinérante : Museu de Arte Moderna, Rio de Janeiro ; São Paulo ; Montevideo ; Buenos Aires, 1960

Expositions personnelles, Luz Gallery, Manille, 1961, 1964, 1966, 1971, 1972, 1976, 1977

Modern Spanish painting, exposition collective itinérante : Tate Gallery, Londres ; Birmingham ; Liverpool, 1962

XXXI Biennale di Venezia, Venise, 1962

XXV años de pintura española, exposition collective itinérante en Espagne : Séville, San Sébastian, Vigo, Pontevedra, Santiago de Compostelle, Barcelone, Saragosse, 1962

Spanish painters, exposition collective, D’Arcy Gallery, New York, 1962

Expositions personnelles, Galería Juana Mordó, Madrid, 1964, 1966, 1971, 1974

Expositions personnelles, Bertha Schaefer Gallery, New York, 1965, 1968

Biennale de Tokyo, Tokyo, 1965

Expositions personnelles, Casa de Cultura de Cuenca, Cuenca, 1967, 1969, 1972

Spanische kunst heute. 21 kunstler aus der samlung des museums fur abstrakte kunst-cuenca, exposition collective, Spanische Kulturinstitut, Munich, 1968

12 pintores españoles, exposition collective, Göteborgs Konstmuseum, Göteborg (Suède), 1970

Expositions personnelles, Galería Egam, Madrid, 1970, 1975

Spanish art today, exposition collective, Pretoria Art Museum, Prétoria (Afrique du Sud), 1971

Expositions personnelles, Galería Juana de Aizpuru, Séville, 1972, 1974

Exposition personnelle, Linda Goodman Gallery, Johannesbourg, 1973

Exposition personnelle, Galerie Jacob, Paris, 1977

Expositions personnelles, Galería Theo, Madrid, 1978, 1982

Expositions personnelles, Galería Theo, Valence, 1978, 1980, 1982

Expositions personnelles, Galería Rayuela, Madrid, 1978, 1995

Expositions personnelles, Sala Celini, Madrid, 1978, 1982

Pintura española del siglo XX, exposition collective, Museo de Arte Moderno, Mexico, 1978

La serie blanca, exposition personnelle, Galería Theo, Barcelone, 1979

Contemporany Spanish prints, exposition collective itinérante aux États-Unis : Floride, Géorgie, Texas, Tennessee, Cleveland, Minnesota, Nebraska, Iowa, New Mexique, Californie, Kentucky, Virginie, 1979-1982

Exposition personnelle, Círculo de Bellas Artes, Tenerife, 1980

De picasso a nuestros días, exposition collective itinérante : Museo Nacional, Caracas ; Museo Carrillo Gil, Mexico D.F. ; Museo de Bellas Artes de Monterrey, Mexico, 1980

Expositions personnelles, Galería Palace, Grenade, 1981, 1983

Exposition personnelle, Sala de exposiciones El Monte, Séville, 1983

Zóbel, Retrospectiva, Fundación Juan March, Madrid, puis exposition itinérante en Espagne : Barcelone, Albacete, Valence, Saragosse, Cuenca, Palma de Mallorca, Santander, Séville, Las Palmas de Grande Canarie et Santa Cruz de Tenerife, 1984-1986

Arte español contemporáneo, exposition collective, Fundación Juan March, Madrid, 1985

Creative Transformations. Drawings and Paintings by Fernando Zóbel, Fogg Art Museum, Harvard University, Boston, 1987

Zóbel. El júcar. La vista. El río, Torre de los Guzmanes, La Algaba, Séville, 1991

Fernando Zóbel. Cuadernos de apuntes y portofolios. Una visión de cuenca, Sala de exposiciones del Antiguo Convento de las Carmelitas, Cuenca, 1991

La semana santa vista por los pintores conquenses, exposition collective, Sala de exposiciones del Antiguo Convento de las Carmelitas, Cuenca, 1992

Fernando Zóbel. Río Júcar, Sala de Exposiciones del Museo de Arte Abstracto Español de Cuenca, Cuenca, 1994

Fernando Zóbel. Río Júcar, Museo de Bellas Artes de San Pío V, Valence, 1995

Zóbel, Sala de Exposiciones BBK, Bilbao, 1998

Zóbel : Obra gráfica, Museo de Arte Abstracto Español de Cuenca, Cuenca, 1999

Zóbel. Retrospectiva, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía. Madrid, 2003

Zóbel. Retrospectiva, Casa Zavala. Cuenca, 2003

Zóbel. Retrospectiva, Sede Caja de San Fernando. Séville, 2003

Zóbel. Obra gráfica, Caja de San Fernando, Cadiz, 2003

Zóbel. Obra gráfica, Caja de San Fernando. Jerez de La Frontera, 2004

Fernando Zóbel in the 1950s, Ayala Foundation, Manille, 2009

Bibliographie (sélection)

Bibliographie (sélection)

Arturo Luz, Sketchbooks, Fernando Zóbel, Manille, 1954

Antonio Magaz Sangro, Zóbel, Pintura y dibujos, Madrid, 1959

Antonio Lorenzo, Zóbel. Dibujos, drawings, dessins, Madrid, 1963

Mario Hernández, Fernando Zóbel : el misterio de lo transparente, Madrid, Ediciones Rayuela, Colección Maniluvios, 1977

Pancho Ortuño, Diálogos con la pintura de Fernando Zóbel, Madrid, Ediciones Theo, Colección Arte Vivo, 1978

Rafael Pérez-Madero, Zóbel : La Serie Blanca, Madrid, Ediciones Rayuela, 1978

José-Miguel Ullán, Zóbel / Acuarelas, Madrid, Ediciones Rayuela, 1978

Francisco Calvo Serraller, Francisco Zóbel, catalogue d’exposition, Madrid, Fundación Juan March, 1984

Peter Soriano, Creatibe transformation. Drawings and paintings by Fernando Zóbel, catalogue d’exposition, Boston, Fogg Art Museum ; Cambridge, Harvard University Art Museums, 1987

Ángeles Villalba Salvador, Fernando Zóbel. Vida y Obra, Thèse doctorale, Madrid, Facultad de Geografía e Historia, Universidad Complutense, 1989

Rodrigo Paras Pérez, Fernando Zóbel, Manille, Eugenio López Foundation, 1990

Rafael Pérez-Madero, Zóbel : El Júcar. La Vista. El Río, catalogue d’exposition, Séville, Torre de los Guzmanes, La Algaba, 1991

Fernando ZÓBEL, Rafael Pérez-Madero, Zóbel. El Río Júcar, catalogue d’exposition, Cuenca, Museo de Arte Abstracto Español de Cuenca, 1994

Juan Manuel Bonet, Francisco Calvo Serraller, María de Corral López-Doriga, Alfonso de la Torre, El grupo de cuenca, catalogue d’exposition, Madrid, Fundación Caja Madrid, Sala de las Alhajas, 1997

Rafael Pérez-Madero, Alfonso de la Torre, Zóbel. Espacio y color, catalogue d’exposition, Logroño, Cultural Rioja, 1998

Rafael Pérez-Madero, Ángeles Villalba Salvador, Zóbel, catalogue d’exposition, Bilbao, Fundación Bilbao Bizkaia Kutxa, 1998

Rafael Pérez-Madero, Zóbel. Obra gráfica completa, Cuenca, Edita Diputación Pronvicial de Cuenca, Serie Arte Nº15, 1999