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Nicolas de Staël

(1913-1955)

Nicolas de Staël est l’une des grandes figures de l’abstraction d’après-guerre, bien qu’il se soit toujours refusé toute appartenance à un groupe artistique. Oscillant entre figuration et abstraction, son œuvre se concentre sur quinze ans, de 1940 jusqu’à sa mort tragique en 1955.

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L’enfance de Nicolas de Staël : entre la Russie impériale et la Belgique

Nicolas de Staël naît le 5 janvier 1914 (selon le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg dans une famille aisée de Russes blancs, de la famille Staël von Holtein. Son père, général major, est le vice-commandant de la forteresse Pierre-et-Paul de la ville impériale. Avec la Révolution de 1917, Nicolas et sa famille s’exilent en Pologne. Orphelin de père et de mère à l’âge de huit ans, il est confié avec ses deux sœurs Marina et Olga par sa marraine à une famille amie de Bruxelles, Emmanuel et Charlotte Fricero, qui ont déjà recueilli un autre exilé russe : Alexandre Bereznikov.

Nicolas de Staël grandit et fait ses études à Bruxelles. Contrairement aux aspirations premières de son père adoptif, Nicolas de Staël se tourne très tôt vers la peinture. Il fréquente les musées, les galeries et lors d’un séjour aux Pays-Bas en juin 1933, se plonge dans la peinture flamande. En octobre de la même année, il entre à l’École des beaux-arts de Bruxelles. Il suit les cours de dessin antique de Henri van Haelen et y rencontre Madeleine Haupert avec qui il se lie d’amitié et qui lui fait découvrir la peinture abstraite.

Il entre aussi à l’Académie des beaux-arts de Saint-Gilles où il suit à la fois le cours d’architecture de Charles Malcause et le cours de peinture décorative de Georges de Vlamynck (dit Géo de Vlamynck) qu’il secondera à sa demande dans la réalisation des peintures murales du Pavillon de l’Agriculture de l’Exposition universelle de Bruxelles de 1935.

L’émancipation artistique du peintre Nicolas de Staël : voyages en Europe

Nicolas de Staël fait plusieurs voyages en Europe durant l’année 1934 pour aiguiser son œil, découvrir de nouveaux horizons. Il voyage dans le Midi. À Paris, il découvre Paul Cézanne, Henri Matisse, Chaïm Soutine et Georges Braque. Le peintre voyage aussi pendant quatre mois en Espagne qu’il parcourt à bicyclette avec son ami Benoît Gilsoul. Durant ce voyage d’études, Nicolas de Staël multiplie les notes et les croquis. L’Espagne l’enchante et il poursuit son voyage jusqu’en Andalousie aux côtés d’Emmanuel d’Hooghvorst. Nicolas de Staël peint alors des aquarelles qu’il vend à Barcelone.

En juillet 1936, Nicolas de Staël part au Maroc, soutenu financièrement par le baron de Brouwer, collectionneur, à qui il promet d’envoyer les œuvres qu’il réalise. À Marrakech en 1937, il rencontre la peintre Jeannine Guillou et son cousin le peintre Jean Deyrolle. Bretonne d’origine, Jeannine est mariée au peintre polonais Olek Teslar et vit avec leur fils Antek – futur écrivain, poète, dramaturge Antoine Tudal, dans une sorte de phalanstère au sud du Maroc.

Nicolas est attiré par cette peintre affirmée et au talent reconnu. De son côté, il cherche encore son style. Jeannine elle, soutient Nicolas dans ses recherches. Nicolas et Jeannine se rapprochent et le couple Teslar se sépare.

Après le Maroc, Nicolas et Jeannine partent découvrir le sud de l’Italie en 1938. À cette époque, les liens se distendent avec les Fricero qui s’inquiètent pour la carrière d’artiste de Nicolas.

Premières années artistiques : installation du peintre Nicolas de Staël à Paris avec Jeannine

Après l’Italie, le peintre Nicolas de Staël s’installe avec Jeannine et son fils Antek à Paris. Ils vivent une vie de bohème, dans une situation très précaire. Staël cherche toujours son style. Il suit un temps les cours de l’Académie Fernand Léger et copie les œuvres au Louvre. Staël rencontre à cette époque l’historien d’art Pierre Courthion qui écrira plus tard sur son œuvre. L’argent manquant, Nicolas de Staël retourne ponctuellement en Belgique pour travailler sur les fresques du pavillon de France pour l’Exposition internationale de la technique de l’eau à Liège en 1939.

Deux mois avant la guerre, le peintre Nicolas de Staël rencontre la galeriste Jeanne Bucher qui apprécie particulièrement son travail. Jeanine tombe gravement malade et passe sa convalescence à Concarneau. Staël produit alors un grand nombre de portraits figuratifs de Jeannine. Nicolas de Staël confiera plus tard : « Quand j’étais jeune, j’ai peint le portrait de Jeannine. Un portrait, un vrai portrait, c’est quand même le sommet de l’art. » Et Arno Mansar d’ajouter : « C’est à la fois un Picasso de la période bleue et aussi un souvenir des allongements du Greco qu’il a admiré en Espagne. »

Nicolas de Staël pendant la guerre : entre mobilisation et installation à Nice avec Jeannine

De janvier à septembre 1940, Nicolas de Staël est mobilisé et rejoint la Légion étrangère. Il est alors envoyé en Algérie puis en Tunisie, où il est au service géographique de l’armée et s’occupe de la mise à jour des cartes de l’État-major du protectorat.

En septembre 1940, il rejoint Jeannine qui s’est installé à Nice, en zone libre. Commence alors une autre vie de bohème sous le soleil méditerranéen. Nicolas de Staël continue ses recherches artistiques : les premières œuvres du peintre mêlent cubisme et fauvisme. Le couple Staël s’entoure de tout un cercle d’amis peintres : Alberto et Suzie Magnelli, Henri Goetz et Christine Boumeester, Sonia et Robert Delaunay, Fred Klein et Marie Raymond – Antek et le petit Yves Klein se lient aussi d’amitié. Toute cette communauté d’artistes se voit régulièrement, s’invite et se retrouve à la librairie Matarasso où elle rencontre les poètes Jacques Prévert et Francis Carco.

Jeannine obtient un contrat d’exclusivité avec le marchand niçois Mockers, mais Nicolas de Staël peine encore à vendre ses œuvres. Son ami et peintre Félix Aublet lui propose alors quelques travaux de décoration pour subvenir aux besoins de la famille, dans un climat difficile de pénurie et de rationnement. En février 1942, naît du couple Staël une petite fille, Anne, qui fascine son père. Ce dernier délaisse un temps le paysage pour se remettre au portrait, celui de Jeannine surtout.
Peu à peu le style de Nicolas de Staël s’affirme. Le peintre s’enferme des journées entières dans son atelier : il peint beaucoup mais détruit autant qu’il produit. Très proche de son aîné Alberto Magnelli à qui il rend souvent visite à Plan de Grasse, le peintre Nicolas de Staël poursuit son évolution artistique. À partir de 1942, sa peinture devient abstraite. Ses fonds sont gris, unis, sur lesquels se détachent des formes : ellipses, grilles. Peu de profondeur dans ces compositions. Il commence aussi à avoir ses premiers collectionneurs.

Retour à Paris : pleine affirmation artistique du peintre Nicolas de Staël

Après trois années à Nice, le couple et les deux enfants s’installent de nouveau à Paris en 1943. En pleine Occupation, ces années de vie de bohème parisiennes sont très difficiles. Par l’intermédiaire de Jeanne Bucher, ils s’installent dans le XVIIème, dans un hôtel particulier qui leur est prêté, appartenant au décorateur Pierre Chareau alors parti aux États-Unis.

À Paris, Nicolas de Staël rencontre César Domela qui devient un ami proche. Il expose à ses côtés avec Vassily Kandinsky chez Jeanne Bucher en février 1944. L’exposition est appréciée par des personnalités artistiques fortes comme Pablo Picasso, Georges Braque et André Lanskoy, mais la critique générale n’est pas bonne à l’heure où l’art abstrait est perçu comme dégénéré. Une deuxième exposition Peintures abstraites Compositions de matières est ensuite montée à la Galerie L’Esquisse à Paris par l’intermédiaire de Jeanne Bucher, qui présente conjointement Kandinsky, Magnelli, Domela et Staël.

En mai 1944, la Galerie L’Esquisse organise la première exposition personnelle de Nicolas de Staël. Quelques dessins sont vendus. À cette époque débute une solide amitié avec Georges Braque qui apprécie beaucoup son travail. Les deux peintres seront très proches et s’inspireront mutuellement. Staël lui rendra souvent visite dans son atelier à Varengeville en Normandie et leurs ateliers seront voisins dans le 14ème arrondissement à Paris.

En avril 1945, Nicolas de Staël expose à nouveau à la Galerie Jeanne Bucher. Parmi les acheteurs se démarque l’industriel Jean Bauret qui deviendra l’un des plus grands collectionneurs de Nicolas de Staël ; un ami aussi.

La situation matérielle de la famille continue d’être catastrophique et la santé de Jeannine se détériore gravement : elle meurt en février 1946. Bien que profondément affecté par la mort de Jeannine, Nicolas de Staël épouse quelques mois plus tard Françoise Chapouton qui s’occupait depuis ses dix-neuf ans d’Antek et d’Anne. Le nouveau couple aura trois enfants : Laurence née en 1947, Jérôme né en 1948 et Gustave né en 1954. Affecté par la mort de Jeannine, l’année 1946 est une période particulièrement sombre dans l’œuvre du peintre Nicolas de Staël.

À la recherche de débouchés commerciaux, Nicolas de Staël décide de collaborer avec le marchand d’art Jacques Dubourg, expert des impressionnistes et marchand des peintres du XXème siècle, installé boulevard Haussmann. Il favorisera par la suite ce marchand, moins connu, plutôt que la Galerie Louis Carré avec qui il signe pourtant un contrat en octobre 1946. En privilégiant Jacques Dubourg, Nicolas de Staël fait un choix stratégique : être le peintre phare d’une petite galerie plutôt qu’un artiste parmi ses paires dans une galerie plus prestigieuse.

Installé avec sa famille dans un grand atelier au 7 rue Gauguet à Paris, près du Parc Montsouris, le peintre Nicolas de Staël rencontre dans son immeuble Theodore Schempp, un marchand américain qui lui propose de présenter son travail aux États-Unis.

À cette époque, le poète et éditeur Pierre Lecuire écrit Voir Nicolas de Staël, un livre-poème en collaboration avec le peintre qui inclut deux gravures sur cuivre. Il sera publié en 1953.

Refusant toute appartenance à un courant artistique, Nicolas de Staël renonce à exposer à la première exposition du Salon des Réalités nouvelles, centrée sur une abstraction stricte, présentée en 1946.

En 1947, Nicolas de Staël expose au couvent des dominicains du Saulchoir à Étiolles, avec Georges Braque, André Lanskoy et Henry Laurens, grâce à l’intermédiation du père Laval. Ce dernier, grand admirateur de la peinture de Nicolas de Staël, lui achète aussi l’un de ses tableaux pour le réfectoire du couvent Saint-Jacques dans le 13ème arrondissement à Paris.

À cette époque, la palette de Nicolas de Staël évolue, s’éclaircit. Le peintre poursuit ardemment ses recherches sur la couleur. La succession des naissances a un impact sur l’inspiration du peintre. Sa fille Anne souligne : « La joie de Staël au moment d’une naissance était une note très haut placée d’émotion (…) C’était le rappel de la « naissance », rappel du moment où la « lumière » vous est versée. » En avril 1948, Nicolas de Staël est naturalisé français.

Si sa production d’œuvres est forte, Nicolas de Staël peine à terminer son travail. Son désir de perfection le pousse à vouloir atteindre le « chef-d’œuvre suprême » selon les mots de Pierre Lecuire. Il poursuit ses recherches vers des compositions plus aérées, plus colorées, marquées par des successions de couches d’empâtement.

Renommée internationale et fort succès aux États-Unis du peintre Nicolas de Staël

En 1949 et sur invitation du critique d’art Léon Degand, les œuvres Staël sont présentées à l’exposition inaugurale du Museu de Arte Moderna de São Paulo au Brésil. Cette même année, Nicolas de Staël participe à deux expositions collectives : au Musée des beaux-arts de Lyon et à la Galerie Jeanne Bucher à Paris.

À partir de 1950, c’est le début de la notoriété pour Nicolas de Staël. Les critiques sont bonnes et élogieuses, notamment celles de Christian Zervos. Au mois de juin, l’exposition personnelle montée chez Jacques Dubourg est un succès.

Les œuvres du peintre Nicolas de Staël entrent dans les collections américaines et surtout dans les musées : le Fine Arts Museum de Boston lui achète la toile Rue Gauguet de 1949 et le MoMA de New York Peinture 1947 en 1951.

C’est à cette époque qu’il rencontre le poète René Char par l’intermédiaire de l’historien Georges Duthuit. De cette rencontre naît une amitié profonde et de belles collaborations entre le poète et le peintre sur des livres illustrés, notamment Poèmes de René Char – bois de Nicolas de Staël publié en 1951.

Entre ce travail sur bois et son travail sur papier présenté chez Dubourg au mois de mai 1951, le peintre Nicolas de Staël se tourne vers le petit format pour réaliser de petites natures mortes : des pommes ou sa série de toiles de Petites bouteilles. Admirateur du travail de Van Gogh, il se met aussi à peindre des fleurs.

Nicolas de Staël entre abstraction et figuration : les paysages, les footballeurs et la musique

Les quatre dernières années de la vie du peintre sont celles d’un « renouvellement continu » selon les mots du critique Daniel Dobbels. Ce sont aussi des années particulièrement prolifiques : en 1952, Nicolas de Staël peint jusqu’à 240 tableaux. « Il faut travailler beaucoup, une tonne de passion et cent grammes de patience » soutient le peintre. Nicolas de Staël retourne alors aux paysages, inspiré par l’Île-de-France et le Midi.

En 1952, une exposition est consacrée à Nicolas de Staël à la Matthiersen Gallery à Londres mais c’est un échec : sa peinture est mal comprise. Nicolas de Staël est troublé par cet étrange accueil et doute de sa peinture. Il donne à cette époque son œuvre Les toits de 1952 au Musée d’Art moderne de Paris – aujourd’hui Centre Pompidou.

Le 26 mars 1952, Nicolas de Staël assiste avec Françoise au match de football France-Suède au Parc des Princes à Paris. Cet événement bouleverse le peintre, impressionné par le choc des couleurs et du mouvement sur le terrain. Cette sensation, cette inspiration soudaine vont animer Staël pendant plusieurs jours. Il multiplie esquisses, huiles sur toile et sur carton, sur petits et grands formats. C’est la série des Footballeurs qui fait exploser la couleur, avec comme apothéose l’immense toile Le Parc des Princes (200 x 350 cm), aujourd’hui en collection privée. Mais lorsque Nicolas de Staël expose son œuvre phare au Salon de Mai la même année, c’est l’incompréhension générale : critique et amis déplorent son travail, lui reprochant un retour à la figuration, ce qui est perçu comme rétrograde par les défenseurs de l’abstraction, tels Jean Hélion et Jean Arp. Ce à quoi Staël répondra : « Je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace. »

Si la toile n’est guère appréciée à Paris, elle frappe le marchand new-yorkais Paul Rosenberg qui prend le peintre Nicolas de Staël en contrat d’exclusivité dès l’année suivante et va promouvoir efficacement son œuvre aux États-Unis. En mars 1953, l’exposition personnelle de Nicolas de Staël à la Knoedler Gallery à New York est aussi un succès.

La musique est ensuite une nouvelle source d’inspiration pour Nicolas de Staël. Au cours d’un concert organisé chez son amie, la mondaine Suzanne Tézenas qui tient un salon à Paris, Staël est frappé par la « couleur des sons ». Il se tourne alors vers la musique contemporaine : Pierre Boulez, Olivier Messiaen et le jazz, en particulier Sidney Bechet qu’il admire et à qui il rend hommage dans Les Musiciens, souvenir de Sidney Becket, conservés au Musée national d’Art moderne à Paris (une version) et Les Musiciens, aujourd’hui à la Phillips Collection de Washington. D’autres toiles s’inspirent de la musique comme L’Orchestre de 1953, grande toile conservée au Musée national d’Art moderne à Paris et Les Indes galantes de 1952-1953 (collection particulière), inspirée de l’opéra-ballet éponyme de Jean-Philippe Rameau.

L’appel de la lumière : le peintre Nicolas de Staël et le sud de la France

À la recherche de couleurs toujours plus intenses et lumineuses, Nicolas de Staël s’installe dans le sud de la France. Il loue d’abord la magnanerie à Lagnes, puis il achète la maison Le Castelet à Ménerbes dans le Lubéron. Ce nouveau lieu lui inspire une série de toiles Ménerbes. Enthousiaste, son œuvre est abondante. Nicolas de Staël rencontre dans le sud de la France Douglas Cooper, collectionneur anglais d’avant-gardes et historien d’art, installé dans le Gard.

À cette époque, il part avec toute sa famille et deux amies : Ciska Grillet, amie de René Char et Jeanne Mathieu, pour un voyage en camionnette à travers l’Italie. En Sicile, la ville d’Agrigente lui inspire des toiles aux couleurs éclatantes.

En février 1954, Paul Rosenberg organise une exposition personnelle de Nicolas de Staël : Recent Paintings by Nicolas de Staël où sont exposés les tableaux peints à Ménerbes, des natures mortes et des fleurs entre autres. C’est un véritable succès. Romain Gary, diplomate français à New York est transporté par l’œuvre de Nicolas de Staël et lui écrit : « Vous êtes le seul peintre moderne qui donne du génie au spectateur. »
Grand marchand, valeur établie auprès de ses paires, Paul Rosenberg s’avère être un promoteur efficace de l’œuvre de Nicolas de Staël, autant auprès des collectionneurs privés que des musées américains. Voilà pourquoi l’œuvre du peintre Nicolas de Staël abonde particulièrement aujourd’hui dans les institutions américaines.

Côté cœur, Staël tombe éperdument amoureux d’une autre femme : Jeanne Mathieu qu’il a rencontrée à Lagnes. Fasciné par cette femme qui l’accompagne avec sa famille lors de son voyage itinérant en Italie, elle lui inspire toute une série de nus. Malgré un voyage en Espagne où il admire les œuvres du Prado, il ne peut se défaire de sa passion pour Jeanne. Cette femme l’obsède et en octobre 1953 il se sépare de Françoise.

En juin 1954, une nouvelle exposition de Nicolas de Staël est présentée chez Jacques Dubourg à Paris où sont exposées des œuvres d’inspiration méditerranéenne. La critique est mitigée : Léon Degand reste perplexe alors qu’Alain Jouffroy apprécie son travail.

Installé seul à Paris pendant l’été 1954, Nicolas de Staël produit de nouvelles peintures de natures mortes et de nouveaux paysages sur Paris et sur les paysages de la mer du Nord, à la palette plus douce.

Jeanne Mathieu est mariée et vit près de Nice. Nicolas de Staël, fou d’amour, s’installe alors à Antibes à l’automne 1954 où il organise son atelier pour se rapprocher d’elle. Il y passe tout l’hiver et peint de nombreux tableaux sur divers sujets : le port, la mer, les ateliers, les natures mortes… et les nus.

Dernières œuvres d’un peintre Nicolas de Staël tourmenté

Le peintre Nicolas Staël intensifie sa production de tableaux. Son œuvre évolue, sa technique aussi. Il abandonne les empâtements travaillés au couteau et à la spatule pour une couleur diluée, appliquée au coton ou à la gaze sur la toile. Ce nouveau style déroute certains collectionneurs et critiques, ce qui ébranle Staël. « Je suis inquiet pour la différence de lumière, lumière d’Antibes à Paris. Il se pourrait que les tableaux n’aient pas à Paris la résonance qu’ils ont dans mon atelier d’Antibes. C’est une angoisse », écrit-il à son amie Suzanne Tézenas.

Peu avant sa mort, Nicolas de Staël peint le tableau Les Mouettes (1955, collection particulière), comme un hommage au peintre Vincent van Gogh : autre figure angoissée, ce dernier avait peint Champ de blé aux corbeaux peu de temps avant de se suicider. Bernard Heitz écrit d’ailleurs : « Dans sa frénésie de peindre il côtoie sans cesse l’abîme, trouvant des accords que nul autre avant lui n’avait osé tenter. Peinture tendue, nerveuse, toujours sur le fil du rasoir, à l’image des dernières toiles de Vincent van Gogh qu’il rejoint dans le suicide. »

La dernière peinture de l’artiste Nicolas de Staël est d’inspiration musicale. Sur une toile gigantesque de six mètres, il peint une œuvre apothéose : Le Concert. Tourmenté par les critiques et sa relation avec Jeanne qui bat de l’aile, Nicolas de Staël peint fiévreusement cette œuvre colossale. Point d’orgue de sa création, cette œuvre est aujourd’hui conservée au Musée Picasso à Antibes.

Après ce dernier effort ultime, il rédige deux lettres : l’une à son marchand et ami Jacques Dubourg, l’autre à sa fille Anne, puis se jette du toit de l’immeuble de son atelier. C’était le 16 mars 1955. Il avait 41 ans.

© Galerie Diane de Polignac / Astrid de Monteverde

nicolas de stael - portrait dans son atelier

Collections (sélection)

Collections (sélection)

Aichi (Japon), Menard Art Museum

Aix-en-Provence, Musée Granet

Antibes, Musée Picasso

Boston, MA, Museum of Fine Arts

Buffalo, NY, Albright-Knox Art Gallery

Chicago, IL, Art Institute

Colmar, Musée Unterlinden

Dijon, Musée des beaux-arts

Düsseldorf, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen

Édimbourg, Scottish National Galleries

Fort Worth, TX, Modern Art Museum

Fukuoka (Japon), Fukuoka Art Museum

Genève, Fondation Gandur pour l’Art

Grenoble, Musée de Grenoble

Hanovre, Sprengel Museum

Houston, TX, The Museum of Fine Arts

Karlsruhe (Allemagne), Staatliche Kunsthalle

Le Havre, Musée d’art moderne André-Malraux (MuMa)

Lille Métropole, Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut

Londres, Tate

Los Angeles, CA, Los Angeles County Museum of Art

Los Angeles, CA, Los Angeles Museum of Contemporary Art

Lyon, Musée des beaux-arts de Lyon

Madrid, Museo nacional Thyssen-Bornemisza

Marseille, Musée Cantini

Martigny (Suisse), Fondation Gianadda

Melbourne, National Gallery of Victoria

Milwaukee, WI, Milwaukee Art Museum

Montpellier, Musée Fabre

New York, NY, Metropolitan Museum of Art

New York, NY, Museum of Modern Art (MoMA)

Oslo, Sonja Henie and Niels Onstad Foundation

Paris, Musée d’Art moderne de Paris

Paris, Musée national d’Art moderne – Centre Pompidou

Rennes, Musée des beaux-arts

Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen

Saint-Ives, Tate

Toledo, OH, Museum of Art

Troyes, Musée d’Art moderne

Washington D.C., Hirshhorn Museum and Sculpture Garden

Washington, D.C., National Gallery of Art

Washington, D.C., The Phillips Collection

Zürich, Kunsthaus

Expositions (sélection)

Expositions (sélection)

Exposition collective, Salle « Dietrich », Bruxelles, 1936

Peintures et gouaches de Kandinsky, Trois tableaux-objets de César Domela, Peintures et dessins de Nicolas de Staël, Galerie Jeanne-Bucher, Paris, 1944

Peintures abstraites, Compositions de matières, Domela, Kandinsky, Magnelli, de Staël, Galerie L’Esquisse, Paris, 1944

Nicolas de Staël, Galerie L’Esquisse, Paris, 1944

Salon d’automne, Paris, 1944, 1946, 1951, 1952

Expositions personnelles, Galerie Jeanne-Bucher, Paris, 1945, 1958, 1979, 1981

Expositions collectives, Galerie Jeanne- Bucher, Paris, 1945, 1949

Salon de Mai, Paris, 1945-1947, 1949, 1951-1955

Fransche Kunst van Bonnard tot Heden, Gemeentemuseum Van’s-Gravenhage, La Haye ; Kunstnernes Hus, Oslo ; Nykytade Nutvikonst, Helsinki, 1947

Adam, Lanskoy, Laurens, Nicolas de Staël, couvent des Dominicains, Étiolles, 1948

Les grands courants de la peinture contemporaine, de Manet à nos jours, Musée de Lyon, 1949

Do Figurativismo ao Abstracionismo, Museu de Arte Moderna, São Paulo, 1949

Contemporary Art: Great Britain, United States, France, Art Gallery of Toronto, 1949

Nicolas de Staël, Galerie Theodore Schempp and Co., New York, 1950

Expositions personnelles, Galerie Jacques Dubourg, Paris, 1950, 1951, 1954, 1957, 1958, 1969

Foreningen Fransk Kunst: Levende Farver, Udvalgte Malerei og Billedtoepper af Nulevende Fransk Kunstnere, Charlottenburg Kunstakademie, Berlin, 1950

Young Painters from U.S. and France, Sidney Janis Gallery, New York, 1950

Modem Art to live with, The Phillips Gallery, Washington, 1950

Französische Malerei und Plastik 1938-1948, Berlin, 1950

Mostra Internazionale del Disegno Moderno, Bergame, 1950

Modern French Masters, Galerie Louis Carré, New York, 1951

Advancing French Art, exposition collective itinérante aux États-Unis : Louisville, Bloomington, San Francisco, Chicago et Washington, 1951-1952

Poèmes de René Char, Bois de Nicolas de Staël, Galerie Jacques Dubourg, Paris, 1951

Nicolas de Staël, Exhibition of Paintings and Drawings, Galerie Matthiersen, Londres, 1952

La Nouvelle École de Paris, Galerie de Babylone, Paris, 1952

Paintings by William Congden, Nicolas de Staël, The Phillips Gallery, Washington, 1952

Malerei in Paris Heute, Kunsthaus, Zurich, 1952

Young Painters: École de Paris, Royal Scottish Academy Galleries, Édimbourg, 1952

Europe, the New Generation, Museum of Modem Art, New York, exposition itinérante aux États-Unis, 1952

Nicolas de Staël, Paintings, Drawings and Lithographs, Knoedler Galleries, New York, 1953

An Exhibition of Paintings by Nicolas de Staël, The Phillips Gallery, Washington, 1953

The Classic Tradition in Contemporary Art, Walker Art Center, Minneapolis, 1953

IIe Biennale de São Paulo, São Paulo, 1953

Recent Paintings by Nicolas de Staël, Galerie Paul Rosenberg and Co., New York, 1954

L’École de Paris, Galerie Charpentier, Paris, 1954 – 1955

Tendances actuelles de l’art français, Kursaal, Ostende, 1954

XXVIIe Biennale de Venise, Venise, 1954

Nicolas de Staël, rétrospective itinérante : Norton School of Art, Palm Beach ; Minneapolis Institute of Art, Minneapolis ; Colorado Springs Fine Arts Center, Colorado Springs, 1955

Loan Exhibition, Galerie Paul Rosenberg and Co., New York, 1955

Nicolas de Staël, Musée Grimaldi, Antibes, 1955

Nicolas de Staël, exposition itinérante 1955-1956 : Fine Arts Museum; Houston ; Kalamazoo Institute of Arts, Kalamazoo (Michigan) ; De Cordova Dana Museum, Lincoln (Massachusetts) ; The Phillips Gallery, Washington D.C ; Fort Worth Arts Center, Fort Worth; Rockefeller Center, New York ; Cornelle University, Ithaca ; Memorial Art Gallery of the University of Rochester, New York, 1955

Art in the 20th Century, San Francisco Museum of Art, 1955

Nicolas de Staël 1914-1955, Musée National d’Art moderne ; Palais de Tokyo, Paris, 1956

Nicolas de Staël 1914-1955, White Chapel Art Gallery, Londres, 1956

Hommage à Nicolas de Staël, Arthur Tooth and Sons Ltd., Londres, 1956

Nicolas de Staël, Rétrospective, Kunsthalle, Berne,1957

Loan Exhibition of Paintings by Nicolas de Staël, Galerie Paul Rosenberg and Co., New York, 1958

Nicolas de Staël 1914-1955, Rétrospective, Musée Réattu, Arles, 1958

Nicolas de Staël, Rétrospective, Kestner-Gesellschaft, Hanovre ; Kunstverein, Hambourg, 1959

Nicolas de Staël, Galleria Civica d’Arte Moderna, Turin, 1960

Loan Exhibition of Paintings by Nicolas de Staël, Galerie Paul Rosenberg and Co., New York, 1963

Nicolas de Staël, Galerie Beyler, Bâle, 1964

Nicolas de Staël 1914-1955, Musée Boymans van Beuningen, Rotterdam, 1965

Nicolas de Staël, Rétrospective, Kunsthaus, Zürich, 1965

Rétrospective itinérante : Museum of Fine Arts, Boston ; The Chicago Art Institute, Chicago ; The Solomon R. Guggenheim Museum, New York, 1966

Nicolas de Staël, 1914-1955, Painting from Collections in Britain, Scottish National Gallery of Modern Art, Édimbourg, 1967

Staël, Fondation Maeght. Saint-Paul-de-Vence, 1972

Nicolas de Staël, Galerie Jiyugaoka, Tokyo, 1973

De Staël, Musée d’Unterlinden, Colmar, 1977

Nicolas de Staël, l’œuvre gravé, Bibliothèque Nationale, Paris, 1979

Nicolas de Staël, Rétrospective, Galeries Nationales du Grand Palais, Paris, 1981

Nicolas de Staël, Rétrospective, The Tate Gallery, Londres, 1981

Nicolas de Staël, Ginza Art Center, Tokyo, 1982

Nicolas de Staël, Peintures et dessins, Musée de Peinture et de Sculpture, Grenoble, 1984

Nicolas de Staël, 1949, Musée des beaux-arts, Rennes, 1986

Nicolas de Staël à Antibes, septembre 1954 – mars 1955, Musée Picasso, Antibes, 1986

Nicolas de Staël in America, The Phillips Collection, Washington D.C., 1990

Nicolas de Staël in America, Cincinnati Art Museum, 1990

Nicolas de Staël, Retrospectiva, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid, 1991

Nicolas de Staël, Rétrospective de l’oeuvre peinte, Fondation Maeght, Saint-Paul-de- Vence, 1991

Nicolas de Staël (1914-1955), rétrospective itinérante au Japon : Museum of Art Tobu, Tokyo ; Musée d’Art Moderne, Kamakura ; Museum of Art, Hiroshima, 1993

Nicolas de Staël, peintures et dessins, Hôtel de Ville de Paris, Paris, 1994

Nicolas de Staël, Rétrospective, Fondation Magnani Rocca, Parme, 1994

Nicolas de Staël, Fondation Pierre Gianadda, Martigny (Suisse), 1995

Exposition personnelle, Astrup Fearnley Museet for Kunst, Oslo, 1997

Nicolas de Staël, rétrospective, Musée national d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, 2003

L’Envolée lyrique, Paris 1945-1956, Musée du Luxembourg, Paris, 2006

Nicolas de Staël 1945-1955, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, 2010

Les Sujets de l’abstraction, Peinture non- figurative de la Seconde École de Paris (1946-1962), exposition collective, Fondation Gandur pour l’Art, Musée Rath, Genève / Musée Fabre, Montpellier, 2011

L’Art en guerre, France 1938-1947, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris, 2012, exposition itinérante : Arte en guerra, Francia 1938-1947 ; Museo Guggenheim, Bilbao, 2013

Staël, la figure à nu, 1951 – 1955, Musée Picasso, Antibes, 2014

Nicolas de Staël. Lumières du Nord. Lumières du Sud, Musée d’art moderne André Malraux, Le Havre, 2014

Exposition personnelle, Château Kairos – Cueillir l’éternité dans l’instant, Château de Gaasbeek (Belgique), 2017

Nicolas de Staël en Provence, Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence, 2018

Bibliographie (sélection)

Bibliographie (sélection)

Jean Cassou (textes), Nicolas de Staël 1944-1955, catalogue d’exposition, Paris, Musée National d’Art Moderne, 1956

Roger van Gindertaël (textes), 43 dessins de Nicolas de Staël, catalogue d’exposition, Paris Galerie Jeanne-Bucher, 1958

Werner Schmalenbach (textes), Nicolas de Staël, catalogue d’exposition, Hanovre, Kestner-Gesellschaft, 1959

Franco Russoli (textes), Nicolas de Staël, catalogue d’exposition, Turin, Galleria Civica d’Arte Moderna, 1960

Roger van Gindertaël (textes), Nicolas de Staël 1914-1955, catalogue d’exposition, Musée Boymans van Beuningen, Rotterdam ; Kunsthaus, Zürich ; Museum of Fine Arts, Boston ; The Chicago Art Institute, Chicago ; The Solomon R. Guggenheim Museum, New York, 1965

Douglas Cooper et Roger van Gindertaël (textes), Nicolas de Staël, catalogue d’exposition, Bâle, Galerie Beyeler, 1966

Jacques Dubourg et Françoise de Staël, Nicolas de Staël, Catalogue raisonné des peintures, Paris, Éditions Le Temps, 1968

André Chastel (textes), Staël, catalogue d’exposition, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence, 1972

Guy Dumur, Nicolas de Staël, Paris, Flammarion, 1975

Jean-Pierre Jouffroy, La mesure de Nicolas de Staël, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1981

Pierre Gaudibert (textes), Nicolas de Staël, peintures et dessins, catalogue d’exposition, Musée de Peinture et de Sculpture, Grenoble, 1984

Danièle Giraudy, Jean Leymarie et Germain Viatte, Nicolas de Staël à Antibes, Antibes, Musée Picasso, 1986

Arno Mansar, Nicolas de Staël, Paris, La Manufacture, Paris, 1990

Eliza Rathbone, Nicolas de Staël in America, catalogue d’exposition, Washington D.C., The Phillips Collection, 1990

Jean-Louis Prat, Harry. Bellet, Nicolas de Staël, rétrospective de l’œuvre peint, catalogue d’exposition, Saint-Paul-de-Vence, Fondation Maeght, 1991

Jean-Louis Prat, Harry Bellet (avec les lettres du peintre commentées par Germain Viatte), Nicolas de Staël, catalogue d’exposition, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 1995

Arno Mansar, Nicolas de Staël, l’aventure en peinture, Waterloo, La Renaissance du livre, 1999

Françoise de Staël, Germain Viatte, André Chastel, Anne de Staël, Nicolas de Staël : catalogue raisonné de l’œuvre peint, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1997

Pierre Boulez, Jean-Paul Ameline, Anne Hiddlestion, Anne Majherbe, Guitemie Maldonado, Germain Viatte, Eliza Rathbone, Nicolas de Staël, catalogue d’exposition, Paris, Centre Pompidou, 2003

Daniel Dobbels, Staël, Paris, Hazan, 1994, réédition 2009

Laurent Greilsamer, Le Prince foudroyé : la vie de Nicolas de Staël, Paris, Fayard, 1998

Jean-Louis Prat, Thomas Augais, Anne de Staël, Nicolas de Staël 1945-1955, catalogue d’exposition, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 2010

Jean-Claude Marcadé, Nicolas de Staël : peintures et dessins, Paris, Hazan, 2012

Gustave de Staël et Marie du Bouchet, Nicolas de Staël en Provence, catalogue d’exposition, Paris, Hazan, 2018