walasse ting - portrait

Walasse Ting

(1929-2010)

Artiste chinois inclassable, Walasse Ting travaille à Paris, New York puis Amsterdam. Sa mobilité géographique et artistique préfigure l’internationalisation de l’art contemporain chinois des années 1990. Walasse Ting est un lien essentiel entre le mouvement Cobra, l’Expressionisme abstrait et le Pop art.

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Biographie

Jeunesse et formation du peintre Walasse Ting

Walasse Ting naît à Wuxi en Chine en 1928 et grandit à Shanghai. La formation artistique de Walasse Ting est mal connue. Il aurait fait de courtes études à l’Académie des beaux-arts de Shanghai, puis quitté la Chine pour se rendre à Hong Kong en 1946. Walasse Ting arrive à Paris en 1953 où il restera jusqu’en 1958.

Le peintre Walasse Ting à Paris

Dès son arrivée à Paris, Walasse Ting côtoie les artistes. Il n’adhère cependant à aucun mouvement artistique et refuse d’être identifié à un quelconque groupe ou école. Walasse Ting devient notamment très proche de l’artiste Pierre Alechinsky ainsi que d’autres membres du mouvement Cobra. Pierre Alechinsky raconte que Walasse Ting est arrivé en France avec un « paquet cylindrique de peintures grises et noires. (…) Les touches du pinceau racontent une petite carriole conduite par un voyageur aux manches floues tirée par de grandes taches parmi lesquelles nos yeux devinent (c’est un cheval) ». Bien que Walasse Ting utilise des matériaux associés à la peinture traditionnelle chinoise, l’artiste définit très tôt ses œuvres comme « modernes » et d’un « style oriental et occidental ».

Herta Wescher explique dans l’article « À l’école de Paris », publié dans la revue Cimaise en 1956 : « Les artistes de tous les pays qui viennent à Paris pensent rarement aujourd’hui à une école, une académie où ils chercheraient des instructions précises. Ils n’envisagent pas non plus, dans la plupart des cas, de se rendre auprès d’un des grands maîtres pour en devenir l’élève ou le disciple. Au contraire, ils sont attirés par l’ensemble de mille et une aventures artistiques possibles qui les attendent ici. » Cela s’applique parfaitement à Walasse Ting qui se considère comme un peintre chinois moderne à Paris. Ses rencontres avec les artistes occidentaux ne se font pas dans le cadre d’une relation maître / élève, mais comme d’égal à égal. Cela s’illustre par les nombreux projets à quatre mains que Walasse Ting a réalisés dans les différents pays où il s’est installé. On sait également que Walasse Ting initie Pierre Alechinsky à la pratique de la calligraphie. De son côté, le peintre Walasse Ting s’essaie à l’huile sur toile dès son arrivé à Paris. Sa production artistique présente aussi bien des sujets traditionnels à l’encre sur papier que des peintures sombres et abstraites à l’huile sur toile.

Une première exposition des œuvres d’art de Walasse Ting est organisée à Paris au Studio Facchetti en 1954. Dans le catalogue de l’exposition, Julien Alvard écrit : « On connaît l’influence de la philosophie chinoise sur la peinture occidentale, surtout la peinture américaine. Ce qui nous est proposé aujourd’hui, c’est un problème inverse, et combien plus impénétrable ; c’est le “Comment peut-on être un peintre chinois ?” après le choc de la peinture occidentale. La peinture de Walasse Ting est un des aspects du nouveau combat qui s’engage. »

Walasse Ting bénéficie ensuite d’une exposition à Bruxelles à la Galerie Taptoe en 1956.

Le peintre Walasse Ting à New York

En 1957, Walasse Ting se rend à New York. Il y découvre les artistes de l’Expressionnisme abstrait notamment ceux ayant des affinités avec la France, comme Sam Francis, Joan Mitchell et Paul Jenkins. Ces rencontres donnent à Walasse Ting le goût de la couleur. Ce réseau d’amitiés et d’échanges entre l’Europe et les États-Unis est concrétisé par Walasse Ting grâce à son ouvrage One Cent Life, recueil de lithographies d’artistes. Cet ouvrage est édité par Kornfeld Editeur et par Sam Francis en 1964. Il comprend un ensemble de 62 lithographies et sérigraphies de 28 artistes différents : Pierre Alechinsky, Karel Appel, Enrico Baj, Alan Davie, Jim Dine, Oyvind Fahlstrom, Sam Francis, Robert Indiana, Alfred Jensen, Asger Jorn, Allan Kaprow, Alfred Leslie, Roy Lichtenstein, Joan Mitchell, Kiki O.K., Claes Oldenburg, Mel Ramos, Robert Rauschenberg, Reinhoud, Jean-Paul Riopelle, James Rosenquist, Antonio Saura, Kimber Smith, K.R.H. Sonderborg, Walasse Ting, Bram van Velde, Andy Warhol et Tom Wesselmann.
Cet ouvrage est de fait un point de rencontre entre l’Expressionnisme abstrait, le Pop art et le mouvement Cobra, ainsi qu’un pont entre Paris et New York. Pierre Alechinsky résume cet esprit : « Il est clair que les cultures s’épousent aujourd’hui ; elles ne sont plus comme des chiens de faïence qui se regardent sans se toucher, elles commencent secrètement à mettre le doigt sur un commun dénominateur, sur une nouvelle image du monde. Cette interpénétration est de notre époque. »

Deux expositions Walasse Ting sont organisées à la Lefebre Gallery de New York en 1963 et en 1965. Le réalisateur Hidai Nankoku filme le peintre Walasse Ting au travail en 1965. On y découvre l’artiste peignant sur des feuilles de papier posées au sol. Sa peinture est gestuelle, à l’image de celle de Jackson Pollock. Julien Alvard explique que l’artiste « souhaite pouvoir peindre avec un poisson dont les mouvements convulsifs laisseraient sur la toile les traces vivantes d’une nature toute crue ». Walasse Ting est particulièrement attaché à l’expérimentation technique : « Ce n’est pas le tableau qui ne compte ni l’image après, c’est pendant, c’est peindre. »

L’artiste peintre Walasse Ting remporte le prix Guggenheim Fellowship pour le dessin en 1970. Cette année-là, il fait don au Musée Cernuschi à Paris de quarante de ses œuvres. Puis Walasse Ting participe à l’exposition Fresh Air School aux côtés de Sam Francis et de Joan Mitchell au Carnegie Museum of Art de Pittsburgh en 1972. Dans le catalogue de l’exposition, Walasse Ting se définit comme un « Autodidacte. Individuel. N’appart[enant] à aucun groupe ».

Walasse Ting se fait connaître aux États-Unis par la diffusion de ses œuvres aux couleurs fluo sous forme d’affiches, de calendriers et de cartes postales. Walasse Ting devient citoyen américain dans les années 1970.

La postérité du peintre Walasse Ting

À partir des années 1990, Walasse Ting s’installe à Amsterdam et continue de se rendre régulièrement à New York.

L’œuvre de Walasse Ting se caractérise par l’emploi récurrents des mêmes sujets : les femmes, les fleurs et les chevaux. Walasse Ting est également poète et publie de nombreux livres. Il parle du « voleur de fleurs » comme son double, l’auteur invisible de ses peintures. Walasse Ting se décrit ainsi : « J’emprunte de l’argent ; il dépense comme un fou. Je me sens épais comme un tigre ; il est léger comme un papillon. Je marche sur le trottoir ; il vole dans le vent. Je suis la racine ; il est le pollen. Moi l’eau brûlante ; lui la vapeur. Moi la montagne ; lui le nuage. Moi la pluie ; lui l’arc-en-ciel… »

Walasse Ting décède en 2010. Une rétrospective posthume est présentée au Musée d’art moderne de Taipei l’année suivante. En 2016, Madame Françoise Marquet-Zao, la veuve du peintre Zao Wou Ki, fait don de deux peintures de Walasse Ting, l’une sur papier, l’autre sur toile au Musée Cernuschi. L’exposition Walasse Ting, le voleur de fleurs est présentée en 2016-2017 dans ce même musée.

© Galerie Diane de Polignac

walasse ting - photographie

Collections (sélection)

Collections (sélection)

New York, NY, Solomon R. Guggenheim Museum

Chicago, IL, Chicago Art Institute

Londres, Tate Modern

Paris, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou

Paris, Musée Cernuschi

Hong Kong, Hong Kong Museum of Art

Expositions (sélection)

Expositions (sélection)

Studio Paul Facchetti, Paris, 1954

Galerie Taptoe, Bruxelles, 1956

Lefebre Gallery, New York, 1963, 1965

Fresh Air School, exposition collective, Carnegie Museum of Art, Pittsburgh, 1972

Rétrospective Walasse Ting, Musée des Beaux-Arts de Taipei, 2011

Walasse Ting, le voleur de fleurs, rétrospective Walasse Ting, Musée Cernuschi, Paris, 2016-2017

Bibliographie (sélection)

Bibliographie (sélection)

Walasse Ting, catalogue d’exposition, Paris, studio Facchetti, 1954

Pierre Alechinsky, « Calligraphie Japonaise » in Quadrum, revue internationale d’art moderne, 1956

Herta Wescher, « À l’école de Paris » in Cimaise, 3e série, nº 3, janvier-février 1956

Walasse Ting, catalogue d’exposition, New York, Galerie Chalette, 1957

Michel Ragon, « Le Japon et nous » in Cimaise, 5e série, nº 5, mai-juin 1958

Walasse Ting. Recent Paintings, catalogue d’exposition, New York, Lefebre Gallery, 1969

Artistic Drawings of the Sixties. A Selection, cat. exp., New York, New School Art Center, 1969

Pierre Alechinsky, Roue libre, Genève, Albert Skira, « Les Sentiers de la création », 1971

Mia Ting, Walasse Ting, Jolies dames, Paris, Yves Rivière, 1988

Pierre Alechinsky, « Troisième pinceau » in Baluchon et ricochets, Paris, Gallimard, 1994

Helen Frances Westgeest, Zen in the Fifties. Interaction in Art between East and West, Zwolle, Waanders Publishers, 1996

Fong Shen Xi, Walasse Ting. A Very Hot Day, catalogue d’exposition, Shanghai, Shanghai Art Museum, 1997

Claire Stoulling, « Pierre Alechinsky. Migrations du poète au peintre, du peintre au poète », in Alechinsky au pays de l’encre, catalogue d’exposition, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1998

Irene Poon, Leading the Way. Asian American Artists of the Older Generation, Wenham, Gordon College, 2001

Pierre Alechinsky, Des deux mains, Paris, Mercure de France, 2004

Kara Kelley Hallmark, Encyclopedia of Asian American Artists. Artists of the American Mosaic, Westport, Greenwood Press, 2007

Margo Machida, Unsettled Visions. Contemporary Asian American Artists and the Social Imagery, Durham, Duke University Press, 2008

From Heroic Expression to Resplendent Color. Walasse Ting, Retrospective Exhibition, catalogue d’exposition, Taipei, Fine Arts Museum, 2010

Stuart Hall, Identités et cultures 2. Politiques des différences, Paris, Éditions Amsterdam, 2013

Walasse Ting, le voleur de fleurs, catalogue d’exposition, Paris, Musée Cernuschi, 2016