GÉRARD SCHNEIDER: De l’Abstraction au lyrisme - 1945-1955
L’exposition que nous présente Diane de Polignac est sans nul doute une première car elle montre exclusivement les œuvres de Gérard Schneider créées depuis 1945, à la fin de la guerre donc, jusqu’à 1955. La portée de ces peintures est ici évidente et ce tout au long de ces quelques dix années d’unité et de diversifications esthétiques. Autant d’avancées permanentes dans ses recherches plastiques et chromatiques. Au fil de ces années, il nous devient évident que cette peinture, avalanche d’émotions, évolue sans cesse, avec brio, depuis les premières formes anguleuses. Certaines sont encore proches de cette rectitude, sans être encore totalement éloignées du sujet figuratif (cf. OPUS 2681, 1945). Les premières tentatives plus gestuelles apparaitront puis s’imposeront vite, et ce dès 1947 (cf. OPUS 3502). Le lyrique l’emportera définitivement sur la rigueur méthodique. Le chaud vainc le froid ! Le peintre suscite là la rencontre, pour ne pas dire le choc, de ces deux langages que sont la structure austère et le geste libéré. Dès lors, sans jamais être par trop éloquent, Gérard Schneider n’en est pas moins un peintre exalté mais toujours contrôlé. Evoquant sa frénésie de peindre, il invoque simplement l’expression imagée de son émotion et de son instinct.
La place historique de Schneider reste indéniable. Il est un des très rares pionniers de cette abstraction lyrique dont l’aura, un temps disparue, nous est revenue il y a quelques dix années avec quelques expositions de tout premier plan. Si Schneider, Hartung et Soulages en sont les figures emblématiques, les véritables novateurs, ils n’en ont pas moins, naturellement, des identités très diversifiées. Leur aîné, Gérard Schneider, aime à transcrire sur la toile les « forces lyriques qui chantent en lui ». Son subconscient guide spontanément le geste qu’il imprime au pinceau chargé de couleurs le plus souvent vives. Et cela restera manifeste jusqu’à son décès, en 1986 !
J’ai eu l’occasion de connaître Gérard Schneider au cours des dix dernières années de sa vie. Si nos conversations se portaient bien sûr autour de la peinture et de sa peinture, il aimait le plus souvent parler de poésie et de musique, beaucoup de musique dont il était fin connaisseur. De sa peinture il montrait bien plus qu’il ne parlait, laissant avec bienveillance le visiteur apprécier et commenter son oeuvre, librement. Schneider était un homme affable, mesuré, indépendant et profondément libre. Il était en pleine possession de lui-même, guidé par une unique volonté : l’acte de peindre. Il aimait à souligner qu’une oeuvre doit résoudre les conflits de leur auteur dans la mesure où celui-ci prend conscience des sources de son inspiration. Rappelons enfin que sa retenue permanente, doublée d’un juste regard sur autrui lui a toujours valu dans le milieu de l’art un respect évident et justifié.
Patrick-Gilles Persin
