L’ART VIENT À VOUS N°16

ABSTRAITES :
Cinq femmes – Cinq expressions artistiques

EXPOSITION : 8 MARS – 16 AVRIL 2021

Cette exposition ambitionne de montrer les apports artistiques de cinq femmes artistes à la peinture abstraite : Marie Raymond (1908-1989), Huguette Arthur Bertrand (1920-2005), Pierrette Bloch (1928-2017), Roswitha Doerig (1929-2017) et Loïs Frederick (1930-2013). Ces dernières ne forment ni une école ni un mouvement. Elles représentent cinq abstractions différentes, cinq libertés gagnées.

Afin de découvrir notre exposition, plongeons dans l’univers de chaque artiste à travers l’étude d’une œuvre.

Chapitre 3 :
Pierrette Bloch, le collage
Par Mathilde Gubanski

pierrette bloch - portrait atelier

Pierrette Bloch dans son atelier, Paris
Photo : droits réservés

Pierrette Bloch est née à Paris en 1928. En 1947, elle intègre l’atelier de Jean Souverbie. L’année suivante, elle poursuit ses études dans l’atelier d’André Lhote puis dans celui d’Henri Goetz. Ce dernier présente Pierrette Bloch au peintre Pierre Soulages avec lequel elle lie une profonde amitié.

La mère de Pierrette Bloch a grandi au Japon : le pays de l’encre et du papier. On peut imaginer que ces souvenirs ont influencé Pierrette Bloch dans le choix de ses matériaux. Comme pour les artistes du mouvement japonais Gutai, ce sont les matériaux qui guident l’artiste dans l’exécution des œuvres : « L’art Gutai ne transforme pas, ne détourne pas la matière ; il lui donne vie. Il participe à la réconciliation de l’esprit humain et de la matière, qui ne lui est ni assimilée ni soumise et qui, une fois révélée en tant que telle se mettra à parler et même à crier. [1] » Pour Pierrette Bloch, au choix du papier ou du panneau d’Isorel, va répondre le choix de l’outil et du médium. Par cette importance donnée aux matériaux, on peut également la rapprocher du mouvement Support / Surface qui se développe en France à la fin des années 1960.

[1] Le Manifeste de l’art Gutai est le texte fondateur rédigé par Jirō Yoshihara, dans la revue Geijutsu shincho (Nouvelles Tendances artistiques), publié à Tōkyō, en décembre 1956.

Pierrette Bloch séjourne à New York en 1968 où elle crée ses premiers collages sur papier : Canson, kraft ou bristol, qu’elle applique sur des panneaux d’Isorel. Lors de ce séjour, Pierrette Bloch découvre le courant minimaliste. Héritier du Bauhaus et de sa maxime « Less is more », le minimalisme est un art de la soustraction, du dépouillement. Cette tendance se développe à travers le monde dans les années 1960 et Pierrette Bloch s’inscrit ainsi parfaitement dans ce contexte. Son art refuse le spectaculaire, l’illusionnisme, la virtuosité. C’est une pratique tout en retenue.

On peut également rapprocher le travail de Pierrette Bloch de l’Arte Povera qui se développe en Italie au même moment. L’expression « Arte povera » est utilisée pour la première fois en 1967 par le critique d’art Germano Celant. Il désigne une attitude de la part des artistes qui défient la société de consommation. Le terme « pauvre » se comprend comme un détachement volontaire de la culture et de ses institutions. Il rappelle également le choix de matériaux modestes : terre, sable, chiffons, bois, corde… en opposition aux matériaux « nobles » de l’art traditionnel comme la peinture à l’huile par exemple.

L’œuvre de Pierrette Bloch se caractérise également par une palette extrêmement réduite. La couleur du support varie entre les différents blancs du papier et les bruns des panneaux d’Isorel. Même si quelques touches de bleu apparaissent de temps en temps, c’est le noir qui a amplement la préférence de l’artiste. Elle explique : « Le noir a été pour moi parfois un manteau, parfois une trace, parfois une ligne. Les états du noir : sensualité, jansénisme, réserve, opacité, éclat – celui  qui les parcourt ne les a pas choisis mais vécus avec surprise. Il y trouve le lieu, la circonstance où quelque chose pourrait survenir. »

Le collage est une partie importante de l’œuvre de Pierrette Bloch, une « famille » selon l’expression de l’artiste. Les papiers, encrés ou non, sont découpés ou déchirés puis appliqués sur des panneaux d’Isorel. Le collage est irrégulier, organique. Le panneau n’est pas entièrement recouvert, sa couleur brune est visible et fait partie de la composition. Les papiers se superposent, se recouvrent mutuellement : « J’y travaillais comme à des peintures » explique Pierrette Bloch.

pierrette bloch - collage 14 1970 1971 newsletter art vient a vous 16

PIERRETTE BLOCH
Collage n°14, 1970 – 1971
Collage de papier sur Isorel
131,5 x 98,5 cm.
Centre national des arts plastiques, Paris

pierrette bloch - collage 9 1970 1971 newsletter art vient a vous 16

PIERRETTE BLOCH
N°9, 1970 – 1971
Collage de papier sur Isorel
125 x 130 cm.
Centre national des arts plastiques, Paris

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