lois frederick - portrait

Loïs Frederick

(1930-2013)

Après avoir étudié les beaux-arts à l’Université du Nebraska, puis au Kansas City Art Institute, Loïs Frederick reçoit en 1953 le très prestigieux Fulbright award. En 1954, phénomène très rare, Loïs Frederick remporte cette bourse une seconde fois. Comme beaucoup d’artistes américains, elle décide de se rendre à Paris pour parfaire sa formation artistique. Le parcours de l’artiste Loïs Frederick trouve logiquement sa place au sein de l’effervescence culturelle américaine à Paris. Loïs Frederick reste ainsi en contact étroit avec sa culture d’origine et demeure de ce fait une artiste fondamentalement américaine.

Exposition

Œuvres

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lois frederick - peinture de 1960

Sans titre 1960

Pastel et encre de Chine sur papier
26 x 37,5 cm

lois frederick - papier 1960

Sans titre 1960

Gouache et encre de Chine sur papier monté sur carton
52 x 75 cm

lois frederick - peinture de 1960

Sans titre 1960

Gouache sur papier monté sur carton
52 x 75 cm

lois frederick - peinture 1969

Sans titre 1969

Acrylique et gouache sur papier monté sur carton
32 x 43 cm
Signé et daté en bas à droite

lois frederick - peinture de 1979

Sans titre 1979

Gouache et acrylique sur papier monté sur carton
75 x 54 cm
Signé et daté en bas à droite

lois frederick - peinture de 1980

Sans titre 1980

Acrylique et fusain sur papier monté sur carton
32 x 43 cm

lois frederick - peinture 1980

Sans titre 1980

Acrylique et gouache sur papier monté sur carton
37,5 x 54 cm

lois frederick - peinture de 1984

Sans titre 1984

Acrylique et encre Chine sur papier monté sur carton
75 x 54 cm
Signé et daté en bas à gauche

lois frederick - peinture 2000

Sans titre 2000

Acrylique et gouache sur papier monté sur carton
75 x 107,5 cm

Vidéo

Visite virtuelle de l’exposition « LOÏS FREDERICK : LA COULEUR VITALE »,
du 20 mai au 10 juin 2020.

Biographie

Loïs Frederick : la couleur vitale

Loïs Frederick naît en 1930 à Hay Springs, un village du Nebraska de 570 habitants, dans la région des Grandes Plaines américaines. Rien ne la prédestinait à devenir artiste, et pourtant, elle a très tôt l’intuition de la couleur. Après la réception (double !) du Fulbright award, cette artiste passera toute sa vie à Paris. Loïs Frederick n’en reste pas moins une peintre profondément américaine.

Les paysages du Nebraska

Les paysages américains de son enfance ont sans doute marqué l’œuvre de Loïs Frederick. Entre les Grandes Plaines, les Montagnes Rocheuses et la Forêt Nationale du Nebraska, c’est un paysage de contrastes et d’immensités qui nourrit son imaginaire. L’artiste en gardera des formats horizontaux et des compositions construites sur l’équilibre des masses. La palette de ses premières œuvres est naturaliste, inspirée des paysages, elle rassemble les bleus, les verts, les noirs et les terres.

La couleur vitale

Loïs Frederick, en vraie magicienne de la couleur, fait évoluer sa palette au cours des années 1950 et 1960. Elle s’enrichit de demi-teintes : les roses, les violets, les oranges, les turquoises… Cette grande coloriste mêle avec virtuosité couleurs primaires et couleurs secondaires, tout en continuant de les structurer par l’utilisation de brosses noires. Le geste est plus lent, méditatif. La couleur prend le pas sur la forme. Elle devient à la fois sujet et médium de l’œuvre de Loïs Frederick.
Jean Baudrillard décrit les paysages américains dans son livre Amérique : « L’émerveillement de la chaleur y est métaphysique. Les couleurs mêmes, pastels bleus, mauves, lilas, résultent d’une combustion lente, géologique, intemporelle. La minéralité du sous-sol y fait surface dans les végétaux cristallins. Tous les éléments naturels y sont passés par l’épreuve du feu. Le désert n’est plus un paysage, c’est la forme pure qui résulte de l’abstraction de toutes les autres. » [1]

Loïs Frederick & l’abstraction américaine

Dans Art and Culture, le critique d’art Clément Greenberg évoque les grands peintres de l’École de New York. Ses mots à propos de Hans Hofmann peuvent également s’appliquer à la peinture de Loïs Frederick : « Here color determines form from the inside as it were ; thick splotches, welts, smears and ribbons of paint dispose themselves into intelligible shapes the instant they hit the surface ; out of the fullness of color come drawing and design ». [2] (Ici, la couleur détermine la forme de l’intérieur ; des taches épaisses, des marques, des frottements et des rubans de peinture se jettent dans des formes intelligibles à l’instant où ils frappent la surface ; de la plénitude de la couleur viennent le dessin et le design.) Clément Greenberg évoque également le travail de Mark Rothko, que Loïs Frederick découvre en 1950 et qui sera pour elle un véritable choc esthétique.

À la fin des années 1960, un nouveau médium révolutionne la peinture de Loïs Frederick : l’acrylique. Elle permet d’enrichir encore la palette de l’artiste. Les couleurs sont vives, éclatantes, fluorescentes. La couleur envahit tout, et Loïs Frederick rejoint ses compatriotes américains du Color Field et du All Over. Le tableau n’a plus de sens, de bords, de centre. Clément Greenberg disait à propos de Barnett Newman, de Mark Rothko et de Clyfford Still : « They attempt to expel every reminiscence of sculptural illusion by creating a counter-illusion of light alone – a counter illusion which consists in the projection of an indeterminate surface of warm and luminous color in front of the actual painted surface. » [3] (Ils tentent d’expulser toute réminiscence de l’illusion sculpturale en créant une contre-illusion de la lumière seule – une contre-illusion qui consiste en la projection d’une surface indéterminée de couleur chaude et lumineuse devant la surface peinte réelle.)

La lumière essentielle

Sur le papier, Loïs Frederick mêle avec brio la gouache, l’encre, l’acrylique, le pastel, le fusain… Toutes les techniques, tous les finis, toutes les matières, toutes les couleurs se mettent au service de la lumière. Car c’est là la recherche ultime de Loïs Frederick : retranscrire les effets de lumière. Comme le dernier Monet et comme les Expressionnistes abstraits, Loïs Frederick nous plonge dans un univers poétique, mystérieux et méditatif construit sur les transparences. L’artiste nous ramène à ces paysages américains à l’horizontalité sans limite où le temps semble s’arrêter : « C’est une sorte d’éternité suspendue où l’année se renouvelle tous les jours. Avec la certitude qu’il en sera ainsi chaque jour, que chaque soir sera cet arc en ciel de toutes les couleurs du spectre où la lumière, après avoir régné tout le jour dans sa forme invisible, s’analyse encore le soir selon toutes les nuances qui la composent, avant de disparaître. Nuances qui sont celles déjà de l’arc en ciel instantané qui prend feu dans le vent à la crête des vagues du Pacifique. » [4]

En 1986, Loïs Frederick perd son mari Gérard Schneider, le grand pionnier de l’Abstraction lyrique. Elle met son art totalement en retrait pendant quinze ans et travaille à la promotion de l’œuvre de ce grand artiste. Dans l’ombre, Loïs Frederick passe de femme artiste à femme d’artiste.

Au début des années 2000, c’est un phare de voiture perçant le brouillard qui ramène Loïs Frederick à sa quête de la lumière. Elle se remet à la peinture, poussée par un élan vital «La hantise américaine, c’est que les feux s’éteignent.» [5] . L’artiste crée alors de sublimes explosions solaires, où la couleur diluée vient illuminer un fond blanc ; et d’éblouissants clairs obscurs, où la couleur vive tranche avec un fond noir.

Loïs Frederick a fait le choix de passer sa vie en France. Cependant, comme ses compatriotes d’outre-Atlantique installés à Paris, elle n’en reste pas moins une artiste américaine. Nourrie par le souvenir des paysages de son enfance, Loïs Frederick crée une œuvre authentique et personnelle. Loïs Frederick décède en 2013 en région parisienne.

[1] Jean Baudrillard, Amérique, Paris, Grasset, 1995

[2] Clément Greenberg, Art and Culture, Boston, Beacon Press, 1971

[3] Clément Greenberg, Art and Culture, Boston, Beacon Press, 1971

[4] Jean Baudrillard, Amérique, Paris, Grasset, 1995

[5] Jean Baudrillard, Amérique, Paris, Grasset, 1995

© Galerie Diane de Polignac / Mathilde Gubanski

lois frederick - atelier

Loïs Frederick, une artiste américaine à Paris

Après avoir étudié les beaux-arts à l’Université du Nebraska, puis au Kansas City Art Institute, Loïs Frederick reçoit en 1953 le très prestigieux Fulbright award. Cette bourse d’étude a été créée en 1946 pour encourager les échanges culturels entre les États-Unis et l’Europe. En 1954, phénomène très rare, Loïs Frederick remporte cette bourse une seconde fois. Comme beaucoup d’artistes américains, elle décide de se rendre à Paris pour parfaire sa formation artistique.

Les échanges franco-américains

Ces déplacements d’artistes américains vers l’Europe ont également été encouragé par la G.I Bill créée en 1944. Cette loi américaine permettait de financer les études à l’étranger des soldats démobilisés de la Seconde Guerre mondiale. Les bénéficiaires étaient alors encouragés à poursuivre leurs passions, ce qui explique un grand nombre de choix de carrières artistiques.
Le président Dwight D. Eisenhower lance un programme d’échanges culturels intitulé « People-to-People » en 1956. Ce programme vise à faire des étudiants américains à l’étranger de véritables ambassadeurs. Dans les années 1950, Paris accueille ainsi plus de 2000 étudiants d’outre-Atlantique. Certains, comme Loïs Frederick, s’y installent de façon permanente.

« Paris est une fête » : les nouveaux Hemingway

Dans les années 1920, de grands écrivains américains travaillent à Paris : Gertrude Stein, F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway… Leurs ouvrages façonnent l’image d’un Paris élégant et festif dans la culture américaine. En 1964, la parution des mémoires d’Hemingway consacre l’expression « Paris est une fête ». C’est dans cette filiation qu’une génération d’écrivains américains s’installe à Paris après-guerre. On peut citer John Breon, Lawrence Ferlinghetti, Mary McCarthy, James Baldwin, Truman Capote…
L’écrivain James Jones s’installe à Paris en 1958. Il est alors une célébrité aux États Unis. Son livre Tant qu’il y aura des hommes, paru en 1951 est un immense succès. Dans son appartement parisien, James Jones reçoit de nombreuses personnalités américaines : des hommes politiques (comme le sénateur de New York Jacob Javits), des célébrités (comme l’actrice Jean Seberg, épouse du romancier Romain Gary) et des écrivains (comme Henry Miller). James Jones écrit sur les œuvres des peintres américains Alice Baber et son mari Paul Jenkins.
Le lien entre artistes et écrivains américains se renforce grâce aux nombreuses expositions dans les librairies anglophones. Il faut évoquer la Librairie du Mistral créée par l’ancien GI américain George Whitman, et la Librairie anglaise créée par la Française Gaïte Frogé, la compagne du peintre américain Norman Rubington. Ces librairies-galeries ont ainsi un rôle essentiel dans la diffusion des livres et des revues anglophones, mais aussi comme lieux d’expositions et comme théâtres des premiers spectacles de poésie.

Formations artistiques parisiennes

Les artistes américains étudient aux Beaux-Arts, à l’académie Julian, à la Grande Chaumière ; mais aussi dans les ateliers du sculpteur Ossip Zadkine et du peintre Fernand Léger. Ces derniers s’étaient en effet réfugiés aux États-Unis pendant la guerre, et accueillent naturellement des artistes américains à leur retour dans leur atelier parisien. Le peintre abstrait Henri Goetz, d’origine américaine, ouvre également les portes de son atelier. Sonia Delaunay accueille elle aussi de nombreux artistes étrangers.
Si les bénéficiaires de la G.I Bill ont bien l’obligation de s’inscrire à l‘Université, il n’y a cependant aucune astreinte sur le véritable suivi des cours, et certains artistes préfèrent une formation plus libre, voire autodidacte. L’artiste Ellsworth Kelly, bénéficiaire de la G.I Bill explique que Paris devient « un troisième cycle universitaire d’association libre, sans cours et avec une prise en charge totale » [1] . Le séjour parisien devient alors un véritable moment d’émancipation et d’expérimentations artistiques.

L’influence de la culture européenne

Les artistes américains admirent l’art ancien au musée du Louvre ou au musée de Cluny. Paris est un temple de l’art occidental, « Il faut voir la Mona Lisa au Louvre, ça fait partie du métier d’artiste » [2] disait la peintre Shirley Goldfarb.

Les artistes américains se fascinent également pour « le dernier » Monet. En effet, le musée de l’Orangerie ré-ouvre en 1952, et leur permet de découvrir les Grandes Décorations : huit peintures murales de deux mètres de haut représentant des fleurs de nénuphars sur un plan d’eau. L’arrangement immersif des œuvres dans une salle du musée, pensé par Monet lui-même, émerveille les artistes qui voient dans ces œuvres la préfiguration d’une abstraction non géométrique. Sam Francis affirme ainsi faire « du Monet de la dernière époque, en pur » [3] . Ellsworth Kelly, Joan Mitchell et Philip Guston se rendent à Giverny : c’est un choc esthétique. Ellsworth Kelly raconte : « Je me souviens surtout d’une œuvre, immense, qui était entièrement blanche, couverte d’une épaisse couche de peinture. Il y avait un peu d’orange et peut-être un peu de rose et du vert pâle. (…). Et l’échelle était aussi très impressionnante. (…) quand je les ai vues, j’ai pris conscience que je voulais faire des peintures de leur dimension, de la dimension des murs. (…) Le lendemain de ma visite à Giverny, j’ai peint un tableau vert, un monochrome. J’avais déjà fait des peintures avec six panneaux de couleur mais je me suis demandé si je pourrais peindre un tableau d’une seule couleur. C’est là l’influence que Monet a eue sur ma peinture… » [4]

New York : la nouvelle capitale de l’art

C’est l’époque de l’abstraction de part et d’autre de l’Atlantique. L’Expressionnisme abstrait triomphe aux États-Unis, et Jackson Pollock en est la figure de proue. Peu à peu, New York prendra la place de Paris comme capitale mondiale de l’art. Cette victoire est sans doute consacrée en 1964, où Robert Rauschenberg devient le premier artiste américain à remporter le Grand Prix de la Biennale de Venise. L’Europe reconnaît ainsi le talent de ce grand artiste d’outre-Atlantique.

Des femmes artistes américaines

Les femmes artistes américaines ont une véritable place sur la scène artistique parisienne.
Joan Mitchell se rend à Paris en 1948. Ce premier séjour est rendu possible par une bourse de l’Art Institute de Chicago. Elle passera ensuite de nombreux étés en France. Elle raconte ses séjours dans des lettres à son compagnon new yorkais Michael Goldberg : « Il fait enfin chaud ici […] – je vais peut-être refaire le tour des musées […]. Je continue de ne rien faire, je vois des gens, je me promène […]. Je dessine parfois près de la Seine. […] Je dessine au Louvre. (…) J’ai passé toute la journée d’hier au Louvre – Paris est désert mais le Louvre est plein de langages – particulièrement ceux du Nord – insoutenables –, les scènes sauvages de Rubens – David – le surréalisme – […] Je ne peux pas décrire le Louvre… » [5] . En 1959, par amour pour le peintre canadien Jean-Paul Riopelle, elle s’installe à Paris de façon définitive.
Loïs Frederick elle, épouse en 1956 le grand pionnier de l’abstraction lyrique Gérard Schneider, et restera également toute sa vie en France.
Lee Krasner, l’une des figures les plus importantes de l’École de New York, séjourne à Paris en 1956. Dans ses correspondances, elle raconte à ses amis que le musée du Louvre dépasse « tout ce que [elle a] pu imaginer » [6] . Elle est chez son ami Paul Jenkins, un autre peintre américain à Paris, lorsqu’elle reçoit un appel de New York lui apprenant la mort de son mari Jackson Pollock dans un accident de voiture.

L’artiste Nancy Spero se rend à Paris pour étudier avec André Lhote. Diplômée de l’Art Institute de Chicago (comme Joan Mitchell), elle s’était installée dans l’Indiana avec son mari le peintre Léon Golub. Nancy Spero consacre alors l’essentiel de son temps à l’éducation de leurs deux jeunes enfants. Ces deux artistes se sentent marginalisés sur la scène new yorkaise, et choisissent ainsi Paris pour donner un nouvel élan à leur carrière.

Des conditions de vie difficiles

À Paris, les conditions de vie sont rudes pour les artistes. On manque de tout, les hivers sont froids. Paris n’a pas encore les installations de confort moderne familières aux américains. « Un taux de change défavorable, des ressources limitées dans de nombreux cas, des conditions de logements inadéquates » [7] remarque le critique d’art John Devoluy, chargé d’organiser une exposition des anciens bénéficiaires de la G.I Bill de Paris. Il ajoute également que ces artistes subissent « une âpre compétition intellectuelle, les doutes constants qui assaillent tout vrai artiste et qu’amplifie le statut d’expatrié, un mal du pays récurrent, […] les difficultés liées à l’emploi d’une langue étrangère [et] des habitudes peu familières ».

Les communautés américaines de Paris

Ces conditions de vie difficiles renforcent sans doute la solidarité entre les artistes exilés d’outre-Atlantique. On partage les ressources, les ateliers, les contacts… L’esprit de communauté s’installe et se renforce. Le Café du Dragon, à Saint-Germain, devient le QG du groupe qui gravite autour de Sam Francis : Norman Bluhm, Lawrence Calcagno et Al Held.
C’est dans cet esprit de camaraderie que le peintre Ellsworth Kelly rencontre le compositeur John Cage, ou que l’artiste Alice Baber rencontre la galeriste Colette Robert, ou encore, que le peintre Paul Jenkins prête son atelier parisien à son amie Joan Mitchell. Larry Rivers,artiste de la G.I Bill, partage son atelier avec l’artiste franco-américaine Niki de Saint Phalle. En 1961, cette dernière convie Robert Rauschenberg et Jasper Johns à participer à ses tirs à la carabine. Niki de Saint Phalle joue ainsi un rôle essentiel dans les échanges entre Nouveaux Réalistes parisiens et artistes new-yorkais néo-Dadas. Parfaitement bilingue, la créatrice des iconiques Nana est l’interprète parfaite et constitue autour d’elle une véritable communauté d’artistes américains.
En 1950, des artistes de la G.I Bill menés par le peintre Paul Keene, fondent la Galerie Huit : une coopérative dont le but est de donner un espace d’exposition aux artistes américains de Paris. Elle est gérée par les artistes, et un comité renouvelé tous les six mois détermine les thèmes des expositions. En 1956, Le critique du Monde Michel Conil-Lacoste s’enthousiasme « de l’esprit de fraternité des jeunes Américains à Paris » et évoque la Galerie Huit comme « une sorte d’institution de Greenwich Village à Paris » [8]

Une américanité affirmée

Le poète John Ashbery reçoit comme Loïs Frederick le Fulbright award, et s’installe à Paris en 1958. Il y rencontre l’écrivain américain Harry Mathews, alors l’époux de Niki de Saint Phalle. En 1966, John Ashbery publie un article sur ces Américains à Paris. Il refuse le terme « expatriés », montrant au contraire le lien très fort qui uni ces artistes à leur pays d’origine, et montre qu’ils restent avant tout des artistes américains. Ils viennent à Paris, déclare-t-il, pour « conserver intacte leur américanité, dans un environnement dans lequel ce sentiment pourra le mieux prendre racine et s’épanouir. Le calme et l’isolation de l’exil, se combinent pour accomplir cette périlleuse expérience qui, quand elle réussit, peut aboutir à une forme d’art enthousiasmante, indépendante de son environnement » [9] . Les Américains de Paris se positionnent ainsi comme les représentants de l’art américain, ni exilés, ni réfugiés, mais ambassadeurs de leur pays en Europe.

Le parcours de l’artiste Loïs Frederick trouve logiquement sa place au sein de l’effervescence culturelle américaine à Paris. Loïs Frederick reste ainsi en contact étroit avec sa culture d’origine et demeure de ce fait une artiste fondamentalement américaine.

Référence bibliographique : Elisa Capdevila, Des Américains à Paris – Artistes et bohèmes dans la France de l’après-guerre, Malakoff, Armand Colin, 2017

[1] Cité par Merle Shipper dans Americans in Paris, the 50’s, catalogue d’exposition, Northridge Fine Art Gallery, 22 octobre-30 novembre 1979, California State University, 1979

[2] Shirley Goldfarb, Carnets. Montparnasse, 1971-1980, Quai Voltaire, 1992, p. 193

[3] Éric de Chassey : La Violence décorative : Matisse dans l’art américain, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1998, p. 391

[4] Yve-Alain Bois et al., Ellsworth Kelly : les années françaises, 1948-1954, [galerie nationale du Jeu de Paume, 17 mars-24 mai 1992], Éditions du Jeu de Paume, 1992, 211 p.

[5] Lettre de Joan Mitchell à Michael Goldberg, non datée. Michael Goldberg Papers, Archives of American Art, Smithsonian Instituti

[6] Lettre de Lee Krasner à Jackson Pollock, juillet 1956, Jackson Pollock Papers, Archives of American Art, Smithsonian Institution

[7] John Devoluy, « Veterans Exhibit Art », 1948, publication non datée. Bizinsky Papers, Archives de l’art américain

[8] Michel Conil-Lacoste, « The American Artist in Paris », The New York Times, 8 janvier 1956

[9] « American Sanctuary in Paris », Artnews Annual, 1966, reproduit dans John Ashbery, Reported Sightings, Art Chronicles. 1957-1987, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1991, p. 85-97

© Galerie Diane de Polignac / Mathilde Gubanski

lois frederick - portrait paris

COLLECTIONS (SÉLECTION)

Collections (sélection)

Denver, Denver Art Museum

Kansas City, Nelson-Atkins Museum of Art

Nantes, Musée des arts

Neuchâtel, Musée d’Art et d’Histoire

Paris, Centre national d’Art contemporain

PRINCIPALES EXPOSITIONS (SÉLECTION)

Principales expositions (sélection)

Artists West of the Mississipi, Denver Art Museum, (achat), 1953

Mid-America exhibition, Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City, (achat), 1954

Salon de la Jeune Peinture, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Paris, 1954 & 1955

Peintres abstraits américains de Paris, Galerie Arnaud, Paris, exposition itinérante en Allemagne, 1956

Salon des Réalités Nouvelles, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Paris, 1957-1959

Salon des Surindépendants, Paris, 1962

L’École de Paris, Galerie Charpentier, Paris, 1963

Salon d’Automne, Grand Palais, Paris, 1970-1983

Salon Grands et Jeunes d’aujourd’hui, Pavillon Baltard, Paris, 1971-1974

Salon de Mai, Galerie de la Défense, Paris, 1976-1978

Loïs Frederick, peintures et gouaches, Le Grand- Cachot-de-Vent, Vallée de la Brévine (Neuchâtel), 1984

Les Années 1950, exposition itinérante en France, 1985

Aspect de l’Art abstrait des années 50, 1988-1989

Loïs Frederick solo show, Galerie Diane de Polignac, Paris, 2015

BIBLIOGRAPHIE (SÉLECTION)

Bibliographie (sélection)

Michel Faucher, Loïs Frederick, extrait Cimaise n°186, Janvier-Février 1987, Paris

Loïs Frederick, catalogue d’exposition, Galerie Diane de Polignac, 2015

Alexandre Crochet, « Une américaine à Paris », article dans le Quotidien de l’Art, Juillet 2015